L'EGLISE ANCIEN- CALENDARISTE DE ROUMANIE.

    En 1924, le Métropolite Miron Ciristea introduisit le calendrier grégorien dans l'Eglise Orthodoxe de Roumanie.Seul le hiéromoine Glycherie, l'higoumen de la skite de Pokrov en Moldavie, a refusé de reconnaître l'inovation. En 1926 et 1929, l'Eglise de Roumanie a fêté Pâque selon le calendrier grégorien, ce qui a amené beaucoup de fidèles et plusieurs membres du clergé à revenir à l'ancien calendrier. Le mouvement ancien-calendariste a continué à grandir et en 1936,  le Père Glychérie avait construit quarante églises, la majorité en Moldavie.
    Selon les mots de l'évêque Démosthène, "Le Métropolite Glycherie *1 était né et avait grandi dans l'Eglise; il était un personnage pour l'Eglise". Le Métropolite Glycherie était habituellement le premier dans l'église et souvent il allumait les cierges et veilleuses lui-même. Trois jours avant sa mort en 1985, le Métropolite a recommandé à ses évêques d'utiliser toutes les occasions pour le bien de l'Eglise et  des fidèles. Il croyait que l'Eglise devait toujours grandir et que tous Ses membres étaient responsables pour confesser la vraie foi Orthodoxe. Tel était l'esprit dans lequel le Métropolite Glicherie menait l'Eglise ancien calendariste roumaine.
    De 1924 à 1989, le gouvernement civile et/ou l'Eglise d'Etat persécutait les ancien calendaristes de Roumanie d'une façon ou d'une autre. Les persécutions les plus sévères se firent sous la monarchie dans les années 30 (surtout entre 1935-39). Les gendarmes arrivaient pendant les offices divins dans le but d'arrêter le prêtre, et des nombreuses morts s'ensuivaient,puisque  les fidèles essayaient de protéger leurs pères spirituels. Pendant cette période, plus de dix prêtres ont été tués ou sont morts en prison.*2 En 1936, le Père Glicherie lui-même a été condamné à mort mais fut sauvé miraculeusement*3. Il fut libéré de prison en 1939. En 1940, les autorités avaient détruit toutes les églises de l'ancien calendrier.
    Après la guerre, le hiéromoine Glicherie a renouvelé ses efforts pour construire des églises et établir des monastères. Sans doute son plus important accomplissement fut la construction du monastère de Slatioara (en Moldavie) en 1948, qui sert aujourd'hui de centre spirituel et administratif à l'Eglise ancien calendariste de Roumanie. Cependant, les persécutions avaient éliminé presque tout le clergé. Puisque pas un seul évêque ne voulait garder le calendrier Orthodoxe, il était impossible d'ordonner des nouveaux prêtres. En 1955 un évêque retraité de l'Eglise d'Etat, le Métropolite Galaction (Cordun) a fait une confession publique et a annoncé son retour à l'ancien calendrier. Le Métropolite Galaction avait une solide éducation théologique et, avant la révolution russe, avait fini l'académie de St. Petersbourg. En 1956 la santé du Métropolite empira. Puisqu' il était coupé des autres évêques de l'ancien calendrier*4, le Métropolite Galaction a utilisé d'économie et consacré trois evêques lui-même*5. Les ancien-calendaristes de Roumanie voulaient régulariser cette situation le plus vite possible et cela fut accompli en 1979 par le  Synode grec ancien calendariste présidé par le Métropolite Kallistos.

PERSECUTIONS PENDANT LA PERIODE COMMUNISTE*6.

    Les communistes furent généralement plus tolérants envers les Anciens Calendaristes, mais cela ne veut pas dire que les persécutions ont cessé. De même l'Eglise ancien calendariste n'avait toujours aucun statut légal. La vie de l'evêque Démosthène (Ionita) est peut-être la meilleure illustration de ce que les ancien-calendaristes ont dû endurer. L'évêque Démosthène  est né le 1 juillet (n.c) 1927 à Covasna, et a reçu le nom de Dimitri à son baptême. En 1951, Dimitri entra dans le monastère de la Sainte Transfiguration à Slatioara. Entre 1952 et 54, il a fait son service militaire, après quoi il est revenu au monastere et a reçu la tonsure monastique sous le Métropolite Silvestre en 1955. L'année suivante le Métropolite Galaction l'a ordonné diacre, et en 1957, le Métropolite Glicherie l'a ordonné prêtre. Dans le mois qui suivi son ordination, le Père Demosthène est allé à Bucharest pour aider l'Evêque Euloge qui était dans la clandestinité. Là, il fut trahi par un prêtre de l'ancien calendrier et arrêté. Les autorités exigaient que Père Demosthène révèle les coordonnées de l'evêque, ce qu'il a refusé de faire.
    En 23 juillet 1958, Père Démosthène était encore arrêté. Il avait, avec un groupe de chantres, servi des funérailles pour son cousin, dans une église qui était fermée. Un prêtre du nouveau calendrier l'a dénoncé aux authorités, ce qui provoqua son arrestation avec celle des chantres. Six officiers l'ont transporté à la ville de Tîrgu-Mures. A son arrivée, il fut emmené dans une pièce où plusieurs gardes ont enlevé ses vêtements et plus tard ont rasé ses cheveux et sa barbe. Sa cellule de prison avait un lit de ciment  sans couvertures. Pendant cinq mois les autorités civiles ont enquêté et interrogé Père Démosthène dans le dessein de trouver un prétexte  quelconque pour le condamner. La première partie de l'interrogatoire suivait cette trame.
 Interrogateur: Quelle activité Glicherie a-t-il dans notre pays? Quelles mesures compte-t-il prendre contre les communistes?
 Père Démosthène: Le Métropolite nous enseigne de travailler, prier et obéir aux lois de l'état.
 Interrogateur: Où cachez-vous vos pistolets?
 Père Démosthène: Nos pistolets sont nos livres d'église.
 Le meneur de l'interrogatoire: Pourquoi ne nous dit-t-il pas où sont les pistolets? Pends-le!
    A ce moment, Père Demosthène a perdu connaissance et est tombé par terre. Quand il s'est réveillé, il s'est trouvé dans sa cellule avec un médecin. Le medecin demandait où il avait mal et pourquoi il était tombé. Le Père Démosthène a répondu: Je ne me souviens pas . Le medecin lui a donné un coup de pied et a ajouté: Ceci est notre médicament pour les ancien- calendaristes qui veulent tuer des communistes .
    Le Père Démosthène a passé les sept années suivantes dans des camps de concentration*7. Ses expériences pourraient constituer un chapitre de "l'archipel du Goulag" de Soljenitsyne. Les prisonniers étaient affamés, torturés et toute forme de réconfort leur était refusée. A un moment, le Père Démosthène était si épuisé qu'il ne pouvait même pas se souvenir du Notre Père. En 1959, les autorités ont promis à tous les prisonniers de conscience de son camp la liberté s'ils signaient une déclaration d'apostasie. Sur les deux milles prisonniers seulement quatre vingt-dix ont accepté de signer. Dans le camp de prisonniers à Salcia, le Père Démosthène a vu des prisonniers piétinés par des chevaux pendant que lui et d'autres travaillaient à construire des canaux et d'autres projets dans l'hiver glacial. Des années après, Père Démosthène a rencontré un des gardes de prison de Salcia, qui l'informa que c'était vraiment une miracle qu'il ait survécu, parce ce que les gardes avaient des ordres selon lesquels personne ne devait sortir vivant.
    En 1964, Père Demosthène a été libéré du camp. Quand sa mère l'a vu pour la première fois en sept ans, elle a demandé, "Pourquoi t'ont-ils libéré, as-tu compromis la foi?" Sa mère a été soulagée d'entendre que son fils n'avait pas trahi l'Eglise; tel était son souci principal. Au bout de trois semaines, il était à nouveau assigné à résidence. Père Demosthène s'est enfui dans les forêts et a vécu caché encore pendant cinq années. Dans une interview récente, l'Evêque Démosthène a fait ce commentaire sur ces moments: "Je n'ai jamais reçu une éducation formelle. C'est vrai que nous ne sommes pas bien éduqués comme le clergé des Nouveau Calendaristes. Mais, j'ai rencontré leurs théologiens qui prétendent que le jeûne n'est pas important, que les dogmes et les traditions de l'Eglises sont amenés à changer. J'ai vu des évêques de l'Eglise de l'Etat jouer le rôle de marionnettes des communistes, ce qui n'a pas seulement  scandalisé les fidèles, mais a aussi compromis l'intégrité  de l'Eglise Roumaine partout dans le monde. Mon séminaire a été sept années de prison, mon académie cinq années caché au fond de la forêt. Je remercier Dieu de ne pas m'avoir envoyé aux écoles des Nouveaux Calendaristes, mais de m'avoir montré Sa Miséricorde et de m'avoir donné la meilleure éducation possible: sept années dans des camps de prisonniers communistes. Une fois, j'ai demandé aux autorités de la prison pourquoi ils s'occupaient des ancien calendaristes, et ils ont répondu que c'était parce ce que nous priions et jeûnions trop...
    Dites aux Orthodoxes aux Etats Unis et ailleurs de préserver la foi de leurs pères, et de vivre une foi orthodoxe active, conforme aux enseignements de l'Eglise."
 

LA SITUATION ACTUELLE

    Après la Révolution en decembre 1989, l'Eglise Roumaine Ancien Calendariste a été en mesure de fonctionner librement pour la première fois. Maintenant, l'Etat les reconnait comme une institution (ce qui leur permet ainsi de jouir de tout les droits légaux) et a promis de les reconnaitre comme une Eglise. Malgré soixante-cinq années de répression les Anciens Calendaristes Roumains n'ont jamais souffert de schisme et sont actuellement unis sous un Synode, avec 500,000 fidèles.*8
    L'Eglise Roumaine Ancien Calendariste a huit grandes monastères. Le monastère à Slatioara a plus de cent moines et c'est là que réside le Métropolite. Un monastère à Bucharest, qui a été détruit (littéralement rasé) par Ceausescu en 1983 est en train d'être reconstruit. Là, aujourd'hui, vit une vingtaine de moines, et plus de trois cent fidèles régulièrement assistent aux offices. Le couvent à Dobru a quarante moniales, et son abbesse, la Mère Seraphima  était la fille spirituelle du Père Pambo, qui est mort en prison en 1939. Fondé en 1948, le monastère à Braditel offre un intérêt particulier. Quoiqu'il soit profondément caché dans la forêt, les soeurs se sont débrouillées pour construire elles-mêmes une église et des cellules alors qu'il n'y avait ni route ni aucun véhicule pour ammener des matériaux. Aujourd'hui, il abrite cent-dix moniales et toutes mènent une vie monastique stricte. Les autres quatre couvents ont chacun entre quarante et quatre-vingt moniales.
    Dans les années 70, le Métropolite Sylvestre(+1992) a voyagé à Jérusalem et au Mont Athos, et établi des contacts avec d'autres Eglises locales. Le Métropolite Sylvestre avait la conviction que toutes les Eglises Orthodoxes locales gardant l'ancien calendrier, qui ne supportent ni ne participent au mouvement oecuméniste, devaient oeuvrer en commun. Depuis 1990, le Métropolite Silvestre a commencé la construction de soixante nouvelles églises de par toute la Roumanie, doublant ainsi le nombre totale de leurs paroisses. Sa mort soudaine en avril 1992, a été une grande perte pour Son Eglise. Deux milles fideles ont assisté à ses funérailles. Le recemment promu Premier Hierarque de l'Eglise Roumaine Ancien Calendariste, le Métropolite Vlasie, continue sur la même voie que ses prédecesseurs, les Métropolites Glychérie et Sylvestre.
    L'Eglise Roumaine Ancien Calendariste continue à servir de modèle de courage spirituel pour tous les Chrétiens Orthodoxes qui s'efforcent de suivre l'Evangile et les traditions de l'Eglise du Christ.
Notes:
*1 Le hiéromoine Glychérie fut consacré évêque en 1956 et devint par la suite métropolite.
*2 Parmi ces martyrs se trouvaient les Pères Pambo,Gédéon et Théophane.
*3 Voir"Les Vrais Chrétiens Orthodoxes de Roumanie" par l'Evêque Cyprien d'Oropos et Fili dans The Orthodox Word, n°102,Janvier-Février 1982.
*4 En 1936,le Père Glychérie se rendit en Grèce dans l'espoir d'être ordonné par l'Eglise ancien-calendariste grecque,mais les autorités civiles grecques l'expulsèrent du pays avant qu'aucune consécration ne puisse avoir lieu.
*5 Cet acte a des précédents historiques. Les trois évêques nouvellement consacrés étaient les Pères Glychérie, Euloge et Méthode.
*6 Basée sur les interviews du Métropolite Vlasie et de l'Evêque Démosthène.
*7 Les chantres furent condamnés à 5 années de travaux forcés.
*8 Certaines sources avancent le chiffre de 2 millions de fidèles, mais cette évaluation semble exagérée.

          Victor Boldewskul.
 "Orthodox Life" No.5 /1992.

ANNEXE :    PROTOCOLE n° 704

Le 25 nov./ 8 dec. 1992, le Synode des Evêques de l'Eglise Orthodoxe Russe Hors-Frontieres a écouté:

La demande orale de la délégation Orthodoxe Roumaine Ancien Calendariste, comprenant Son Eminence le Métropolite Vlasie, qui préside l'Eglise Roumaine Ancien Calendariste, l'évêque Démosthène de Néamts et le révérend hiéromoine Cyprian comme traducteur, qui ont demandé que leur Eglise avec son clergé et son troupeau soit reçue en pleine communion de prière avec notre Eglise Orthodoxe Russe Hors-Frontières (...)
 

    Nous avons décidé:
    La Sainte Eglise Orthodoxe a depuis le tout début de son histoire survécu et continue a survivre à beaucoup de persécutions, qui sont très intenses en ces jours mauvais, et de ce fait, les circonstances demandent particulièrement l'unité entre ceux qui sont vraiment dévoués à la Foi des Pères. C'est ainsi que le Synode des Evêques a décidé:
1) D'accepter la hiérarchie de l'Eglise Roumaine Ancien Calendariste comme des frères en Christ, dans la communion de prière et célébration;
2)   De concélébrer la Divine Liturgie ensemble le 27 nov./10 dec. 1992,  Fête de l'icône de la Mère de Dieu Kurskaya-Koreneya, l'Odigitriya ("La Conductrice") de notre diaspora, dans la Cathédrale Synodale, en témoignage de notre unité fraternelle en Christ;
3) De demander au Synode de l'Eglise Roumaine Ancien Calendariste de maintenir elle aussi des relations fraternelle et d'échanger des informations sur la vie de nos Eglises, et, si besoin est, de nous aider les uns les autres, à la fois moralement et spirituelement, et de nous défendre mutuellement de toutes les actions malicieuses entreprises contre nos Eglises.
4)   D'appeler la bénédiction de Dieu sur le clergé et fidéles de l'Eglise Roumaine Ancien Calendariste.
5)   Et d'en faire une communication écrite à Son Eminence le Métropolite Vlasie, le président du Synode de l'Eglise Orthodoxe Roumaine Ancien Calendariste, et d'informer les fidèles de notre Eglise à ce sujet.

+Metropolite Vitaly,
Président du Synode des Evêques

+Archevêque Antony de Los Angeles
+Archevêque Antony d'Amérique Occidentale (et San Francisco)
+Evêque Benjamin (de Chernomorsk et Kuban)
+Evêque Daniel (d'Erie)
+Evêque Valentin (de Suzdal et Vladimir)
+Evêque Grégoire
+Evêque Hilarion (de Manhattan)
+Evêque Mitrophane (de Boston)
+Archevêque Laure (de Syracuse et Trinité)
Secrétaire du Synode des Evêques

" Orthodoxe life" No.6, 1992

Traduit de l'anglais par M.G.C.


 

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