Le Baptême se trouve à la première
place de l'ensemble des Mystères de l'Église, est
la porte qui conduit au Royaume de grâce, c'est-à-dire
à l'Église, et qui octroie l'accès à la
participation aux autres Mystères. Même avant la fondation
du Mystère du Baptême, le Seigneur Jésus-Christ,
dans Sa conversation avec Nicodème, indique son absolue nécessité
pour le salut:" En vérité, en vérité,
je vous dis, personne ne peut voir le royaume de Dieu, s'il ne naît
de nouveau." Et quand Nicodème, perplexe, lui dit :"
Comment peut naître un homme qui est déjà vieux?"
le Sauveur répondit que cette nouvelle naissance serait accompagnée
d'eau et de l'Esprit-Saint: "En vérité, en vérité,
je vous dis, si un homme ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit,
il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la
chair est chair; et ce qui est né de l'Esprit est esprit."
(Jean 3:36).
La fondation de ce Mystère dispensateur de grâce
eut lieu après la Résurrection du Christ. Ayant
apparu devant Ses disciples, le Seigneur leur dit qu'il avait reçu
du Père, toute autorité sur le Ciel et sur la terre, et
poursuivit en disant: " Allez donc et instruisez tous les peuples,
les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,
et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai
commandées. Et assurez-vous que je serai toujours avec vous jusqu'à
la consommation des siècles." (Matt. 28:19-20). A cela il
ajouta:" Celui qui croira et qui sera baptisé, sera sauvé
; mais celui qui ne croira point sera condamné" (Marc 16:16).
Le jour de la descente de l'Esprit-Saint sur les Apôtres, après
le discours de l'Apôtre Pierre, quand ceux qui l'écoutaient
demandèrent ce qu'ils devaient faire, l'Apôtre Pierre leur
dit: Faites pénitence, et que chacun de vous soit baptisé
au nom de Jésus-Christ, pour obtenir la rémission de vos
pêchés; et vous recevrez le don du Saint-Esprit. (Actes
2:37-38). Dans ce même livre des Actes, figurent des exemples
de Baptêmes célébrés par les Apôtres.
Ainsi l'Apôtre Pierre baptisa Corneille (ch. 10), l'Apôtre
Paul baptisa Lydie avec sa famille (Ch. 16) ainsi que le geôlier
avec toute sa famille.
La signification du Mystère
L'aspect mystique et dispensateur de grâce
du Baptême est indiqué dans les passages de l'Écriture
Sacrée cités ci-dessus; le Baptême est une "nouvelle
naissance" celébrée pour le salut des hommes (Marc 16:16).
Plus encore, mettant en avant la signification dispensatrice de grâce
du Baptême, les Apôtres, dans leurs Épître,
indiquent qu'en lui, nous sommes "sanctifiés", "purifiés",
justifiés", que dans le Baptême, nous "mourrons au pêché"
pour marcher dans une vie renouvellée; que nous "sommes ensevelis
avec le Christ" pour ressusciter avec Lui. Jésus-Christ a aimé
l'Eglise, et s'est livré Lui-même à la mort pour
elle, afin de la sanctifier et de la purifier dans le baptême
de l'eau par la parole de vie (c'est-à-dire, le Baptême
avec la prononciation des paroles instituées pour l'accompagner,
Eph. 5:25-26). Vous avez été lavés, vous
avez été sanctifiés, vous avez été
justifiés au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, et par
l'Esprit de notre Dieu (Cor. 6:11). Nous avons été ensevelis
avec lui par le Baptême pour mourir au pêché; afin
que, comme Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts
par la gloire de son Père, nous marchions aussi dans une nouvelle
vie (Rom. 6:4). Le Baptême est appellé le baptême
de renaissance (Tite 3:5). Pour ce qui concerne le côté
subjectif - c'est-à-dire l'état d'âme du baptisé
- il est indiqué par l'Apôtre Pierre, pour qui le Baptême
est un engagement de la conscience à se conserver pure pour Dieu
(Pierre 3:21). De même, le Baptême consacre l'union du Baptisé
avec l'Église.
Les Moyens de la Célébration du Mystère
L'analogie du Baptême avec les ablutions,
la tombe et d'autres similitudes indique que ce Mystère doit
être célébré par immersion. Le mot grec baptizo
signifiant "immerger". En ce qui concerne le Baptême de l'eunuque
par Philippe, nous pouvons lire dans le livre des Actes des Apôtres:"
Ils descendirent tous deux dans l'eau, et Philippe baptisa l'eunuque.
Etant remontés hors de l'eau, l'Esprit du Seigneur enleva Philippe"
(Actes 8:38). En tant qu'exception, l'Église reconnaît
le martyre Chrétien des non-baptisés comme le "Baptême
du sang". Le Baptême par aspersion, non canonique, est reconnu
par l'Église mais sans toutefois l'approuver.
L'immersion dans l'eau a lieu trois fois en prononçant
les mots: "Le serviteur de Dieu (nom de Baptême) est baptisé
au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit", selon le commandement
donné par le Christ Lui-même (Matt. 28:19). Ainsi était-il
célébré dans l'Église ancienne. L'épître
de l'Apôtre Barnabé le mentionne déjà, et
Tertullien indique directement que "la manière de le célébrer
est prescrite", en se référant aux paroles du Sauveur
à propos du Baptême; Tertullien rend également témoignage
de la triple immersion et de plus indique une particularité:
la demande faite au nouveau baptisé de renoncer à Satan
et à ses anges, puis de confesser la Foi.
Le Baptême au nom du Seigneur Jésus est mentionné
dans certains passages de l'Écriture Sacrée (Actes 2:38,
8:16, 10:48). Selon l'interprétation des Pères anciens,
l'expression "au nom du Seigneur Jésus" signifie "selon le commandement
et la tradition du Christ", ou représente un témoignage
de foi en Christ. Le Baptême "au nom du Père, du Fils,
et du Saint-Esprit", n'est pas remis en cause par cette expression,
comme le prétendent certains historiens du Christianisme appartenant
à l'école rationaliste. Il est tout à fait naturel
que l'auteur du livre des Actes, l'Apôtre Luc, ainsi que l'Apôtre
Paul (Rom. 6:3, Gal. 3:27, Cor. 1:13), quand ils parlent du Baptême
"en Christ", distinguent clairement ce baptême du baptême
de Jean ou de tout ce qui pourrait lui ressembler, et le désignent
comme le Baptême dans la Chrétienté. Ainsi, même
maintenant, on chante lors du Baptême, "Car vous tous qui avez
été baptisés en Jésus-Christ, vous avez
été revêtus de Jésus-Christ (Gal. 3:27).
Le caractère indispensable du Baptême
Dans le Baptême, l'homme reçoit,
à la place de sa vieille existence, une nouvelle existence et
une nouvelle vie. Il devient un membre du Corps du Christ, c'est-à-dire
de l'Église, un héritier de la vie éternelle. Il
est par conséquent évident que le baptême est indispensable
à tous, y compris aux enfants, afin que leur croissance corporelle
et spirituelle puisse se faire en Christ. Le Baptême de familles
entières est mentionné de nombreuses fois dans les Écriture
Apostoliques (la famille de Lydie, celle du geôlier, celle de
Stéphanas (Cor. 1:16), et l'exclusion des enfants de ces baptêmes
n'est mentionnée nulle part. Les Pères de l'Église,
dans leurs instructions aux fidèles, insistent sur le Baptême
des enfants. Saint Grégoire le Théologien dit, en s'adressant
aux mères Chrétiennes: "Avez-vous un enfant? Ne donnez
pas au mal le temps de s'accroître. Qu'il soit sanctifié
dès l'enfance, et qu'il se consacre à l'Esprit dès
sa jeunesse. Craignez-vous le sceau par faiblesse de nature, comme un
cur pusillanime et de peu de foi? Mais Anne, même avant
de concevoir, promit Samuel à Dieu, et après sa naissance,
elle le voua et l'éleva pour l'habit sacré, sans crainte
de la faiblesse humaine, mais en croyant en Dieu."
A ce propos, il est cependant indispensable que les personnes
qui présentent leur enfant au Baptême, reconnaissent leur
entière responsabilité pour élever l'enfant nouvellement
baptisé dans la vertu et la foi Chrétienne. Nous lisons
une instruction à ce sujet, par exemple dans La Hiérarchie
Ecclésiale, attribuée à St. Denis l'Aréopagite
et qui a toujours fait l'objet du plus grand respect de la part de l'Église:
"Il était agréable à nos divins instructeurs, de
permettre aussi aux enfants d'être baptisés, sous la condition
sacrée que les parents naturels de l'enfant le confient à
l'un des fidèles qui lui prodiguerait bien les enseignements
divins, et qui prendrait soin de lui comme un père donné
d'en haut, et comme un gardien de son salut éternel. Cet homme,
quand il donne la promesse de guider l'enfant dans une vie pieuse, se
voit forcé par l'évêque de prononcer les renonciations
ainsi que la confession sacrée."
Que cette instruction, issue de l'ancienne Église Chrétienne,
est importante pour nous. Elle nous montre la responsabilité
assumée par le répondant ou le parrain du baptisé.
Avec quel soin les parents de l'enfant doivent-ils choisir un parrain!
Évidemment, dans une famille Chrétienne normale, l'usage
veut que ce soient les parents eux-mêmes qui enseignent à
leurs enfants les vérités de la foi et leur devoir moral.
Mais la désagrégation contemporaine des bases de notre
vie sociale nous force à veiller à ce que l'enfant ne
reste pas sans direction spirituelle Chrétienne. Et même
dans des conditions favorables, le parrain devrait entretenir une étroite
relation spirituelle avec son filleul, et être prêt à
lui apporter une aide sincère et Chrétienne, chaque fois
que cela est nécessaire.
Nous lisons dans le dixième paragraphe du Credo: "Je confesse
un seul Baptême pour la rémission des pêchés."
Cela signifie que dans l'Église Orthodoxe, le Baptême,
- considéré comme une que naissance spirituelle, dans
la mesure où le rite sacré a été correctement
célébré par triple immersion au nom du Père,
et du Fils et du Saint-Esprit -, ne peut être réitéré.
Le Baptême: la Porte vers la Réception
des Autres Dons Dispensateurs de Grâce
Comme nous le voyons d'après les déclarations
des Saints Apôtres précédemment citées et
également d'après tout l'enseignement de l'Église,
le Baptême n'est pas seulement un symbole de purification et de
rejet de la souillure de l'âme, mais il est en soi le commencement
et la source des dons Divins qui purifient et annihilent toutes les
souillures du pêché et qui donnent une vie nouvelle. Tous
les péchés sont pardonnés, le péché
originel ainsi que les péchés personnels; la voie est
ouverte à une nouvelle vie; la possibilité est ouverte
de recevoir les dons de Dieu. La croissance spirituelle ultérieure
dépend de la libre volonté de l'homme. Mais étant
donné que la tentation est susceptible d'être favorablement
accueillie par la nature de l'homme, qui depuis le jour de sa première
chute dans le péché a présenté une inclination
au péché, la perfection morale ne peut par conséquent
être obtenue sans lutte. L'homme est aidé dans ce combat
intérieur par la vie dispensatrice de toute grâce de l'Église
l'Église Sainte dispense encore d'autres grâces au nouveau
baptisé dans le Mystère de la Chrismation.
LE MYSTERE (SACREMENT) DE LA CHRISMATION
Il est d'usage de célébrer le Mystère
de la Chrismation immédiatement après le Mystère
du Baptême, et qu'ils soient compris dans un même rite ecclésial.
L'évêque ou le prêtre qui célèbre le
Mystère "oint celui qui vient d'être baptisé avec
de la Myrrhe Sainte, en faisant le signe de croix sur les sourcils et
les yeux, les narines, les lèvres, les deux oreilles, la poitrine,
les mains et les pieds" (d'après le Book of Needs); en signant
chaque endroit du corps, il prononce les mots: "Le sceau et le don du
Saint-Esprit". Ce Mystère est également célébré
pour ceux qui rentrent dans l'Église en provenance de communautés
hérétiques, comme un moyen d'union avec l'Église
Les mots par lesquels le Mystère est célébré,
"le sceau et le don du Saint-Esprit", indiquent sa signification et
son effet. Il s'agit a.) de l'acte culminant de l'union avec l'Église,
la confirmation du sceau de l'union; et b.) du sceau des puissances
dispensatrices de grâce, par lui octroyés, pour le renforcement
et la croissance de la vie spirituelle.
St. Cyprien écrit, "Ceux qui sont baptisés dans
l'Église sont scellés par le sceau du Seigneur, selon
l'exemple des Samaritains baptisés qui furent reçus par
les Apôtres Pierre et Jean par l'imposition des mains et la prière
(Actes 8:14-17)... Pierre et Jacques les remplirent de ce qui leur manquait...
Il en est ainsi de même pour nous... Ils sont rendus parfaits
par le sceau du Seigneur." Chez d'autres Pères de l'Église,
la Chrismation figure sous le nom de "sceau" (Clément d'Alexandrie,
Cyrille de Jérusalem), de "sceau spirituel" (Ambroise de Milan),
de "sceau de la vie éternelle" (Léon le Grand), de "confirmation"
(Les Constitutions Apostoliques), de "perfection" ou de "culmination"
(Clément d'Alexandrie, Ambroise). St. Ephrem le Syrien écrit:
"Par le sceau du Saint Esprit, sont scellés tous les accès
à notre âme; par le sceau de l'onction tous vos membres
sont scellés." St. Basile le Grand pose la question suivante:
"Comment voulez-vous que votre ange vous défende, comment vous
arrachera-t-il de votre ennemi, s'il ne reconnaît pas le sceau?...
Ou, ne savez-vous pas que le destructeur passa au-dessus des maisons
de ceux qui étaient scellés, et qu'il tua les nouveaux-nés
dans les maisons de ceux qui n'étaient pas scellés? Un
trésor non scellé est aisément dérobé
par les voleurs; un mouton sans marque peut sans risque être enlevé."
Ce Mystère est également appelé le "don de
l'Esprit" (St. Isidore de Péluse), le "mystère de l'Esprit"
(Tertullien et Hilarion), le "symbole de l'Esprit" (St. Cyrille de Jérusalem).
St. Cyprien atteste que les anciens, en parlant des paroles du Seigneur
à propos de la naissance de l'eau et de l'Esprit, identifiaient
strictement la naissance de l'eau au Baptême et celle de l'Esprit
à la Chrismation.
Les Moyens Originels de la Célébration de ce Mystère
Dans l'Église primitive, les dons de l'Esprit-Saint
étaient transmis par l'imposition des mains.
A ce sujet, nous lisons dans le livre des Actes (8:14-16), où
il est dit que les Apôtres qui étaient à Jérusalem,
ayant entendu que les Samaritains avaient reçu la parole de Dieu,
leur envoyèrent Pierre et Jean, qui vinrent et prièrent
pour eux afin qu'ils puissent recevoir l'Esprit-Saint: Car Il n'était
point encore descendu sur aucun d'eux; mais ils avaient seulement été
baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors ils leur imposèrent
les mains, et ils reçurent le Saint-Esprit.. De même, nous
lisons dans le livre des Actes à propos de l'Apôtre Paul,
que quand il rencontra à Ephèse les disciples qui avaient
seulement reçu le Baptême de Jean, ce qu'ayant entendu,
ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus; et après
que Paul leur eut imposé les mains, le Saint-Esprit descendit
sur eux.. D'après ces récits du livre des Actes,
nous voyons parfois, que les actions dispensatrices de grâce des
Mystères du Baptême et de son sceau, - l'imposition des
mains -, s'exprimaient par des manifestations immédiatement visibles
de l'illumination de l'Esprit-Saint, associées à la joie
des nouveaux convertis d'avoir rejoint la communauté sainte et
de commencer une vie nouvelle qui donne la grâce.
Comment l'imposition des mains dispensatrice de grâce est-elle
devenue l'onction dispensatrice de grâce de l'huile? A ce sujet,
nous pouvons supposer les deux choses suivantes: soit les Apôtres,
en transmettant l'Esprit-Saint aux fidèles par l'imposition des
mains, utilisaient en même temps et inséparablement un
autre signe, celui de l'onction, au sujet duquel le livre des Actes
reste silencieux; soit, ce qui est plus probable, eux-mêmes ont
changé le signe visible du Mystère (l'imposition des mains),
peut-être d'abord dans les cas où eux-mêmes étaient
absents, lui substituant un autre acte sacré visible (l'onction
des nouveaux-baptisés par la myrrhe reçue des mains des
Apôtres). Mais bien que cela puisse avoir existé, l'onction
provient indubitablement des Apôtres, qui voyaient son fondement
dans les instructions de leur Divin Maître. L'Apôtre Paul
écrit: Or, celui qui nous confirme et nous affermit avec vous
en Jésus-Christ, et qui nous a oints de son onction, c'est Dieu
même. Et c'est lui aussi qui nous a marqués de son
sceau, et qui pour arrhes nous a donné le Saint-Esprit dans nos
curs (IICor 1:21-22). Les mots mêmes qui célèbrent
le Sacrement, "le sceau et le don du Saint-Esprit" sont étroitement
liés à cette expression de l'Apôtre qui écrit:
Et n'attristez pas l'Esprit-Saint, dont vous avez été
marqués comme d'un sceau pour le jour de la rédemption
(Eph. 4:30). Le "jour de la rédemption" dans l'Écriture
Sacrée indique le Baptême. Le signe de l'Esprit-Saint doit
évidemment être interprété comme étant
le "sceau de l'Esprit-Saint" qui succède immédiatement
au Baptême.
Nous lisons également dans l'Épître de l'Apôtre
Jean:" Quant à vous, vous avez reçu l'onction du
Saint, et vous connaissez toute choses. Et, plus loin, l'onction que
vous avez reçue du Fils de Dieu demeure en vous, et vous n'avez
pas besoin que personne vous enseigne; mais comme cette même onction
vous enseigne toutes choses, et qu'elle est la vérité
exempte de tout mensonge, vous n'avez qu'à demeurer dans ce qu'elle
vous enseigne" (IJean 2:20-27). Dans ces citations des Apôtres
Paul et Jean, le terme "onction" indique la transmission d'un don spirituel.
Mais il est évident que le terme "onction" ne pouvait être
utilisé dans son acception spirituelle que précisément
parce que les Chrétiens étaient confrontés à
une onction matérielle.
Les Saints Pères de l'Égliseétablissent un
lien étroit entre le mot même de "Chrétien" et la
"Chrismation". Chrisma et Christos signifient en grec "onction" et l'"Oint".
"Etant devenus participants du Christ," dit St. Cyrille de Jérusalem,
" vous êtes dignes d'être appelés 'Chrétiens',
c'est-à-dire, 'oints'; et de vous Dieu a dit: "Gardez-vous
bien de toucher à mes oints." (Ps104:15).
Dans le récit du huitième chapitre des Actes des
Apôtres, nous apprenons: a) qu'après la prédication
du Diacre, l'Apôtre Philippe, en Samarie, de nombreuses personnes,
hommes et femmes, furent baptisées; et b) que quand les Apôtres
qui étaient à Jérusalem, ayant appris que les Samaritains
avaient reçu la parole de Dieu, ils envoyèrent Pierre
et Jean aux Samaritains afin qu'ils imposent les mains tout particulièrement
aux baptisés, pour qu'ils puissent ainsi recevoir le Saint-Esprit
(Actes 8:10-17). Ceci nous permet de conclure que, abstraction faite
de l'aspect profondément mystique de la descente des dons de
l'Esprit, cette imposition des mains (et l'onction qui lui a été
ensuite substituée) était à la fois une confirmation
de la correction du Baptême et l'union des personnes baptisées
avec l'Église. Etant donné le fait que 1) le baptême
d'eau avait été célébré longtemps
auparavant en tant que baptême de repentance, et 2) à part
celà, qu'à cette époque ainsi que tout au long
de l'histoire de l'Église., furent célébrés
des baptêmes hérétiques, ce second Mystère
était célébré par les Apôtres eux-mêmes
et par les évêques, leurs successeurs, en tant que surveillants
des membres de l'Église., alors que la célébration
de l'Eucharistie avait de tous temps été accordée
également aux prêtres.
Avec l'extraordinaire expansion de la Foi Sainte, quand tous les
peuples de la terre commencèrent à se tourner vers le
Christ, les Apôtres ainsi que leurs successeurs immédiats,
les évêques, ne purent être partout en personne pour,
immédiatement après le Baptême, faire descendre
l'Esprit-Saint sur les baptisés par l'imposition des mains. C'est
peut-être la raison pour laquelle, il fut "agréable à
l'Esprit-Saint" Qui demeurait dans les Apôtres de remplacer l'imposition
des mains par l'acte de la Chrismation, avec la règle selon laquelle
la sanctification du Chrême devait être célébrée
par les Apôtres et les évêques eux-mêmes, tandis
que l'onction des baptisés avec le Chrême sanctifié
était laissée aux prêtres. Le Chrême (myrrhe)
et nulle autre matière fut choisi dans ce cas parce que dans
l'Ancien Testament l'onction de myrrhe était célébrée
pour faire descendre sur les gens des dons spirituels spéciaux
(voir Ex. 28-41; IRois (ISam.) 16:13; III (I) Rois 1:39). Tertullien
écrit: "Après avoir été porté sur
les Fonts Baptismaux, nous sommes oints avec l'huile bénie, selon
l'ancien rite, parce que de longue date c'était l'usage d'oindre
pour la prêtrise avec l'huile d'une corne." Le sixième
Canon du Concile de Carthage n'interdit aux prêtres que de sanctifier
le Chrême.
Le Chrême et sa Consécration
De même les Apôtres furent envoyés
en personne aux Samaritains baptisés afin de faire descendre
l'Esprit-Saint sur eux, de même aussi, dans le Mystère
de la Chrismation, la myrrhe qui est utilisée, selon le décrêt
de l'Église., doit être sanctifiée par un évêque,
c'est-à-dire par les successeurs des Apôtres de plus haut
rang. La consécration de la myrrhe a lieu lors d'un rite sacré
solennel et spécifique, avec la participation, autant que faire
se peut, d'autres évêques de l'Église.
En Occident, la séparation de la Chrismation du Baptême
a eu lieu au 13ème siècle. Qui plus est, de nos jours
dans l'Église. Romaine, l'onction (qui est appelée "confirmation")
est célébrée uniquement sur les sourcils, alors
que dans l'Église. Orthodoxe l'onction de myrrhe est faite sur
les sourcils, les yeux, les narines , les lèvres, les oreilles,
la poitrine, les mains et les pieds. Elle n'est conférée,
dans l'Église. Romaine, qu'à ceux dont l'âge est
supérieur à sept ans révolus, et elle est célébrée
par un évêque.
En dehors du Mystère de la Chrismation, la Myrrhe est également
utilisée dans des circonstances exceptionnelles. Ainsi, lors
de la consécration d'une Eglise, la sainte table de l'Autel sur
laquelle sera célébré le Mystère du Corps
et du Sang du Christ, ainsi que les murs de l'Église., sont signés
avec la sainte Myrrhe. En tant que rite spécifique, l'onction
de Myrrhe est également célébrée lors de
l'accession au trône royal des rois Orthodoxes.