L'ENSEIGNEMENT DE L'EGLISE ORTHODOXE SUR LA VENERATION DES SAINTS RELIQUES.

(Première partie)

La création de l'homme.
Dans le plan divin de la création du monde visible, l'homme prend la place dominante. Il est simultanément terrestre et en même temps approche le céleste. Dans la création de l'homme nous voyons une difference essentielle par rapport aux autres créations terrestres.

Le conseil de Dieu.
Dieu crée tout ce qui est terrestre seulement par Ses Paroles "Que cela soit". A la création de l'homme nous voyons que la Sainte Trinité tient d'abord conseil pour décider comment le créer. Ce conseil montre la haute signification donné à l'homme dans le monde. Sa création à l'image de Dieu souligne en particulier sa haute dignité.

Les détails de sa création.
Il y a aussi d'autres détails de la création de l'homme qui le distinguent des autres créations terrestres. Le corps de l'homme est créé d'une matière existante - la terre. Mais ici, Dieu n'utilise pas seulement Sa parole. Et Dieu façonna l'homme, poussière prise à la terre, et Il souffla sur sa face un souffle de vie (Gen. 2,7). Nous voyons pas seulement "la parole", mais nous voyons la directe action divine "souffla". Dieu élève l'homme au-dessus de tout le monde terrestre, Il lui donne une âme immortelle. En l'homme, Dieu réunit le terrestre, le matériel (le corps) avec le céleste, le spirituel ( l'âme).
La nature de l'âme se distingue complètement du corps. Elle n'est pas terrestre, rien de terrestre n'étant utilisé pour sa création par Dieu. Elle est céleste, supranaturel et grâce à ceci a la prééminence sur tout ce qui est terrestre. Mais Dieu unit indissolublement l'âme au corps terrestre. L'âme dirige, guide le corps, mais l'état du corps peut influer l'âme, peut l'affaibli, même la pervertir.
Le corps - c'est le compagnon de l'âme et son co- participant dans la vie spirituelle de l'homme.
Arrêtons notre attention sur cette participation du corps dans la vie spirituelle de l'homme. Dans la prière, l'homme élève son esprit et son coeur vers Dieu. Mais la prière s'exprime également dans diverses formes extérieures, comme la génuflexion, le signe de croix, l'élévation des mains. En jeûnant, l'homme essaye par l'abstinence de donner libre cours à l'action de son âme. C'est pourquoi le jeûne comporte un exploit à la foi spirituel et corporel. Le corps de l'homme se sanctifie par les Saints Mystères : le baptême, la chrismation, la communion, l'onction de l'huile béni. Cette indissolubable participation du corps avec l'âme dans la vie spirituelle de l'homme est soulignée par les Saints Ecritures. Le Saint Apôtre Paul écrit aux Corinthiens : Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit qui appartiennent à Dieu. (1 Cor. 6, 20). Nous lisons également dans son Epître aux Romains : Offrezvos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonable (Rom. 12,1). Cette participation corporelle à la vie spirituelle, qui répond à la signification exaltante du corps dans la création divine de l'homme, sert aussi de fondement spirituel, moral et dogmatique à la vénération et au culte de l'homme glorifié par sa sainteté. C'est pourquoi nous vénérons les saintes reliques.

La chute dans le péché pour l'Ancien Testament.
Au moment de sa création, l'homme était doué par Dieu d'une âme immortelle et de la possibilité de l'immortalité du corps. L'homme vivait dans un lieu spécialement préparé pour lui, dans le jardin du Paradis. Là poussait l'arbre de la vie, par les fruits duquel l'homme maintenait l'immortalité de son corps.
Mais le diable, jaloux de l'honneur accordé à l'homme, « déploya des trésors de malice pour priver l'homme de la bénédiction divine et, le rendant ingrat, le priver de tous les biens, donnés à lui par l'amour de Dieu pour l'homme » [St. Jean Chrysostome, Conférence sur le livre de la Genèse, conférence 16 ]. L'homme succomba à la tentation et transgressa le seul commandement que lui avait donné Dieu. Cette désobeissance, qui était possible grâce à la libre volonté donnée à l'homme par Dieu, transgresse d'une manière radicale l'ordre divin sur terre.
La chute dans le péché entraîna avec elle de graves conséquences dans toute la vie de l'homme. St. Jean Chrysostome s'en effraie ainsi : « Je ne sais comment nous avons inversé l'ordre et comment le mal s'est accru au point qu'à suivre les désirs de la chair nous forçons l'âme, elle qui devrait comme souveraine présider et commander, détrônée, nous la contraignons à se soumettre à la chair, oubliant sa noblesse et sa prééminence (sur la chair) » [idem, conférence 17]. Après la chute dans le péché, l'homme se soumet plus à ses aspirations corporelles, et en outre son corps est gâté, humilié par le péché.
Moralement, l'homme n'est plus, seul, en mesure de revenir à son mode de vie antérieur, à la sainteté. En lui se manifeste une inclination au péché, il s'écarte de plus en plus de Dieu et de la vie spirituelle avec Dieu.
Cette rupture avec Dieu de même entraîna avec elle de graves conséquences physiques. L'homme est soumis au principe de corruption, qui amène à sa suite la maladie, de grandes peines et enfin, la mort. La mort sépare l'âme du corps, et cette séparation laisse le corps sans cette force spirituelle d'où le corps tire la possibilité d'exister. Sans l'âme, le corps meurt et se décompose complètement, retournant à la matière dont il était fait, il revient à la terre. Par les Saints Ecritures nous voyons que ces conséquences physiques étaient une punition de l'homme pour ses péchés (Gen. 3,16-19). Dieu, appellant l'homme à se repentir et n'obtenant pas de pénitence (par cela est mise en évidence la chute sprituelle, profonde et s'aggravant toujours, comme conséquence du péché), punit Adam et Eve par des maladies, de lourdes peines et la mort. Dieu dit à Eve qu'elle accoucherait dans la douleur et à Adam sont adressées les paroles suivantes, très importantes pour notre exposé. A la sueur de ta face tu mangeras ton pain, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre d'où tu as été pris, parce que tu es terre et que tu t'en iras dans la terre (Gen. 3,19). Nous reviendrons à ces paroles très importantes dans la suite de notre exposé.
Mais si Dieu punit l'homme, Il fait cela avec beaucoup de bonté. Comme l'explique l'archiprêtre Michel Pomazansky dans son cours de théologie dogmatique : « Après la chute dans le péché, Dieu n'a pas rejeté l'homme-pécheur. Il ne lui enleva ni Son image, qui le distingue du monde animal, ni la liberté de sa volonté, ni son intelligence capable de saisir les principes spirituelles, ni ses autres capacités. Dieu a procédé avec lui comme un médecin et éducateur. Il couvrit sa nudité avec des vêtements, Il modéra en lui la présomption, l'orgueil, les concupiscences charnelles et les passions par des moyens médicaux : par la peine et les maladies, leur donnant même un sens éducatif : nous-mêmes nous pouvons observer l'action éducative de la peine et l'action purifiante des maladies sur l'âme. Dieu soumit l'homme à la mort physique pour ne pas le livrer à la mort spirituelle définitive, c'est-à-dire pour que le principe du péché en lui ne se développe pas dans des proportions extrêmes, sataniques » (1).
L'homme de l'Ancien Testament, portant dans son corps la corruption du péché, ayant les pensées les plus affligeantes à propos de la vie outre-tombe, et ayant besoin de rédemption, de justification et de délivrance, considerait la chair impure. Dans sa loi, il était dit : Celui qui touchera un mort, un corps humain quelconque, sera impur pendant sept jours (Deut. 19,11). Ayant devant lui une telle mort (corporelle, avec une complète décomposition du corps, et spirituelle, avec l'âme demeurant en enfer) on peut comprendre qu'il ne connaissait pas la vénération des reliques. Mais en même temps il vivait avec l'espérance d'une future délivrance. Et Dieu tout miséricordieux, soutenant cette espoir, donne dès l'Ancien Testament les premiers exemples de la célébration et la vénération des saints restes des justes, la vénération de leurs saintes reliques. Examinons quelques uns de ces exemples :
1) Le Patriarche Joseph ordonna de transporter ses ossements dans la terre promise, ce qui fut accompli par Moïse (Exode 13:19);
2) La vénération des ossements du prophète qui avait prédit à Jéroboam la destruction des autels de sacrifice païens ( 4 Rois 23:18)
3) La résurrection du mort au contact des ossements du prophète Elisée (4 Rois 13: 21)
Le développement de cette vénération atteint un tel degré que même le vêtement d'un juste possède une force miraculeuse. Le saint prophète Elie divisa l'eau du fleuve du Jourdain avec son manteau. L'histoire de l'Eglise fait également mémoire des saintes reliques du patriarche Zacharie, des prophètes Samuel, Daniel et de Simeon le Théodoque. Mais le développement complet et l'acceptation universelle de la vénération des saintes reliques ne se produit qu'après la Résurrection corporelle et l'Ascension au ciel de Jésus Christ, où Il demeure maintenant avec Son Corps très pur.

LE NOUVEAU TESTAMENT.
Avant la chute dans le péché, l'homme vécut une vie bienheureuse en communion permanente avec Dieu. Mais comme nous avons déjà vu, la chute dans le péché changea tout d'une manière radicale, introduisant la prédisposition au péché dans l'essence même de l'homme, l'aspiration à une vie terrestre et charnelle. Et l'homme pêcheur n'était plus dans l'état de corriger cette corruption par ses propres forces, de retourner à la sainteté pour laquelle il avait été créé. Pour cela il fallait un homme nouveau, une nouvelle créature, mais à condition de garder l'ancienne. Une nouvelle force correctrice devra être versée dans l'homme ancien, pour établir en lui un corps spirituel éternel, et par cela vaincre la mort. Cet homme nouveau était le Seigneur notre Jésus Christ, l'Adam nouveau dans Son Incarnation divine.
Le Sauveur nâquit, préservant en Soi toute la nature humaine. Il était vrai homme en tout, seulement le péché Lui était étranger. Jésus Christ était sans péché et comme la mort est une punition pour le péché, Il ne pouvait pas mourir. Mais le Christ s'est fait homme pour sauver l'humanité de la mort. C'est pourquoi Il prend sur Lui-même toute l'humanité pécheresse et meurt. Avec Lui meurt l'humanité pécheresse et ressuscite une créature nouvelle. Cette nouvelle créature, ayant été ressuscitée avec le Christ et par Lui, triompha dans sa résurrection de la mort et maintenant possède la vie éternelle non seulement en son âme mais aussi en son corps, comme dit S. Boulgakov : « Le Christ est réssuscité dans l'humanité et avec l'humanité » (2). Malgré le fait que l'homme soit astreiont à retourner à la terre a cause de ses péchés, il garde un potentiel vital, semblable à un grain dans la terre. Au moment fixé, ce grain poussera en un corps éternel transfiguré et l'âme retournera dans son corps transfiguré pour la vie éternelle commune.
Jésus Christ, en revêtant la nature humaine, éleva le corps de l'homme à un hauteur sans précédant. Etant devenu homme et mourant pour les hommes, le Christ, comme personne d'autre, glorifia le corps de l'homme par Sa résurrection, puis par Son ascension et Sa présence éternelle, "siège à la droite du Père" (6ème article du Credo). Par l'effet de cet amour, le corps de l'homme a acquis une gloire que même les chérubins et les séraphims n'ont pas reçue. Dieu s'est fait homme, non pas ange, ni chérubim, ni séraphim. Le Père Justin Popovitch remarque que « En ressuscitant, le Seigneur introduisit un gage de résurrection dans la nature du corps humain …Depuis cet instant, l'homme sait que le corps a été façonné pour l'éternité par la Divino-humanité et que sa vocation divine sur terre, c'est de combattre avec son âme pour la vie éternelle, combattre avec l'aide de tous les moyens de la Grâce bienfaisante et, par là-même, de s'approprier la Grâce, de s'emplir de la Grâce divine, de se transformer en un temple de l'Esprit Saint, en un temple de Dieu Vivant (3) ».
Après être monté au ciel, Jésus Christ n'abandonna pas Sa créature nouvellement sauvé. Il envoya l'Esprit Saint qui établit l'Eglise du Christ sur terre et qui accorde à l'Eglise tout ses instruments salutaires - les Saints Sacrements. Mais l'homme est appelé à lutter pour la vie éternelle avec l'âme et le corps. A la fois le corps et l'âme sont sanctifiés par les Saints Sacrements. A la fois le corps et l'âme participent dans la prière, le carême et en général dans toutes les luttes pour la vie éternelle. Les saints atteignent un haut degré de succès dans cette lutte. Ils réalisent le but, la destination de leur vie terrestre, leur corps devient effectivement "le temple de l'Esprit Saint, le temple du Dieu vivant" (2 Cor. 6, 6-19). C'est pourquoi leur corps, comme demeure de l'Esprit Saint, sont vénérés par Dieu et par les hommes. St. Jean Damascène exprime admirablement cette vérité : « Depuis le moment où Celui Qui est Lui-même la Vie et l'Auteur de vie fut compté parmi les morts, nous n'appelons plus morts ceux qui se sont endormis, ont trépassé dans l'espoir de la résurrection avec foi en Lui, nous ne les appelons pas des morts. Car comment un corps mort pourrait-il accomplir des miracles ? » [P.Justin Popovitch, article cité]. (…)
Archiprêtre Serge Kotar

(A SUIVRE)

Notes.
1) "Pravoslavnoe dogmatitcheskoe bogoslovie "Jordanville, 1963 (2ème partie, pp..101) ou, dans sa version en anglais, Orthodox Dogmatic Theology, Platina, Cal. 1984 , pp 159-160.

2)A Propos des Saints Reliques , Vestnik H{L n°166,1992. Il faut noter que, malgré le fait que S. Boulgakov ait été condamné pour ses enseignements et déposé, cet article contient des réflexions très intéressantes sur les saintes reliques. La citation donnée exprime une notion tout à fait orthodoxe de la Résurrection de Jésus Christ.

(3) Archimandrite Justin Popovitch, "Saints Reliques", Vestnik H{L n°166, 1992).

 

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