L'ENSEIGNEMENT DE L'EGLISE ORTHODOXE SUR LA VENERATION
DES SAINTES RELIQUES. (1)
(seconde partie)
La vénération des Saintes
Reliques.
Dès les premiers temps de son existence, la Sainte
Eglise comprend et accepte mystiquement et d'une manière intrinsèque,
la célébration et la vénération des saintes
reliques des saints qui ont trouvé grâce auprès
de Dieu. Elle n'a pas besoin d'un décret ou de la ratification
dogmatique d'un concile. Elle accepte cela naturellement à travers
la pratique ecclésiale. Dès les temps apostoliques, nous
voyons recueillir et préserver les restes des saints martyrs.
Comme c'était le temps des persécutions, cette collecte
comportait de grands dangers. Il est frappant de voir à quel
point le peuple de l'Eglise comprenait la signification et la force
spirituelle des saintes reliques pour commencer cette œuvre ecclésiale
nouvelle.
Il est écrit dans la vie de Saint Ignace le Théophore,
à l'occasion du transfert de ses reliques à Antioche :
«Après que Saint Ignace le Théophore eut été
déchiré pour le Christ par des bêtes sauvages à
Rome sur l'ordre de l'empereur Trajan, il ne resta de lui que quelques
ossements d’assez grosse taille. Les fidèles qui étaient
alors à Rome les ramassèrent et les mirent à un
endroit honorable dans cette même ville et puis, toujours pendant
la règne du même Trajan, les transférèrent
à Antioche, pour la protection de la ville, pour le guérison
des malades, pour la consolation de tout son troupeau spirituel et pour
la gloire du Christ Dieu, au Nom duquel il souffrit ardemment (Vie des
Saints , 29 janvier).
A travers cette description on voit que dejà, moins de
cent ans après l'établissement de l'Eglise du Christ,
les fidèles acceptent et comprennent parfaitement la sainteté
et la force spirituelle miraculeuse des saintes reliques. Non seulement
ils recueillent les ossements pour pieusement les vénérer,
mais encore les transfèrent de Rome à Antioche pour recevoir
d'eux une miraculeuse intercession.
La pratique de l'Eglise de recueillir les reliques des martyrs
se répandit partout. Les fidèles recueillirent les ossements
malgré les persécutions, les conservèrent avec
piété, établirent des fêtes en mémoire
des martyrs et célébrèrent des liturgies sur les
tombeaux contenant des reliques. Cela continua jusqu'à la fin
des persécutions menées par les païens.
Au IVème siècle l'empereur Constantin le Grand mit
fin à la persécution des chrétiens. Avec son appui,
la vénération des saintes reliques se répandit.
Les chrétiens se mirent à recueillir les reliques ensevelies
dans les catacombes ou les cimetières pour les transférer
dans les villes. Les saintes reliques sont placées dans les autels,
les tables d'offrande et les autres lieux propices à la vénération
dans les églises. Sur l'ordre de l'empereur Constantin les saintes
reliques des Apôtres André, Luc et Timothée furent
transférées à Constantinople et mises dans la table
d'offrande de l'Eglise dédiée aux Saints Apôtres.
Furent également transférées les reliques de Samuel
et Zacharie, des saints de l'Ancien Testament. De nouvelles églises
se construisirent sur les tombeaux des saints. Tout cela se faisait
naturellement dans la pratique ecclésiale, sans la décision
d'un quelconque synode.
Au VIIIème siècle, l'Eglise apporte une sanction
synodale à la vénération des saintes reliques.
Le VIIème Concile Œcuménique se réunit pour le
rétablissement de la vénération des icônes.
Les pères de ce concile trouvèrent nécessaire de
reconnaître également la vénération des saintes
reliques des martyrs. Il imposa même la nécessité
à toute église d'avoir des reliques dans son autel. Le
décret dit : « Notre Seigneur Jésus Christ nous
a donné les reliques des saints comme une source porteuse de
salut, répandant toutes sortes de bienfaits sur les infirmes.
Ainsi, pour ceux qui osent rejeter les reliques d'un martyr : s'ils
sont évêques, qu'ils soient déposés; s'ils
sont moines ou laïques, qu'ils soient excommuniés».
De même, pour régulariser l'ordre du placement des saintes
reliques dans les autels, les participants du concile, dans le 7ème
canon de ce concile édictèrent (2)
: « Si certains vénérables temples ont été
consacrés sans saintes reliques de martyrs, nous décrétons
: qu'y soit accomplie la mise en place de reliques avec la prière
habituelle». Et depuis ce temps, dans les églises orthodoxes,
la liturgie n'est célébrée que s'il y a un antiminsion
(3) dans lequel sont cousues des reliques des saints
martyrs.
La pieuse pratique de la vénération des saintes
reliques, si naturellement entrée dans la vie des premiers temps
de l'Eglise du Christ, continue jusqu'à nos jours. Si dans les
temps anciens on glorifiait dans les martyrs la première image
de la sainteté, cette vénération s'est depuis élargie
à tous les saints de l'Eglise Orthodoxe. En lisant la Vie des
saints, nous trouvons une multitude d'exemples de collecte ou de préservation
des reliques, de leur invention ou de leur transfert, et une multitude
de grands miracles d'intercession, de guérison ou d'autres bienfaits
reçus par les gens venant avec piété et foi vénérer
les restes sacrés des saints qui ont trouvé grâce
auprès de Dieu. Les livres liturgiques de l'Eglise citent une
grande quantité d'exemples de miracles manifestés par
des saintes reliques. En lisant les saints Pères de l'Eglise
nous rencontrons encore un grand nombre d'écrits nous exhortant
à vénérer et à croire en la force miraculeuse
de la Grâce bienfaisante procurée par les saintes reliques
aux pécheurs que nous sommes. Citons quelques exemples.
Le bienheureux Augustin : « Le miracle des saintes reliques
témoigne de la foi qui proclame que le Christ ressucite en Sa
Chair et avec Sa Chair monte aux Cieux.» (4)
Saint Jean Damascène : « Les saints sont devenus
par la grâce ce que le Christ se manifeste par nature, c'est-à-dire
qu’ils deviennent dieux par la Grâce : de pures demeures vivantes
de Dieu». Le saint prolonge ainsi sa pensée : « En
conséquence, comment ne pas vénérer des temples
animés de Dieu, des demeures corporelles animées de Dieu.
Ceux-ci, étant vivants, se tiennent avec hardiesse devant Dieu».(5)
De tout ce qui précède nous voyons comment les saints,
glorifiant Dieu dans leurs vies, reçoivent la glorification miraculeuse
de Dieu à travers leur temple corporel de l'Esprit Saint. Mais
la miséricorde de Dieu va encore plus loin. Dans l'histoire de
l'Eglise nous voyons des cas ou l'Esprit Saint demeure miraculeusement
non seulement dans leur corps mais se tranfère même sur
leurs vêtements. Le premier exemple en a été donné
par le Christ Lui-même, lorsqu'Il guérit la femme atteinte
d'une perte de sang qui touchait le bord de Son vêtement (Luc
8:44). Dans les Actes des saints Apôtres nous lisons que les linges
du saint Apôtre Paul guérissaient les malades et chassaient
les esprits malins (Actes 19:12); l'ombre du saint Apôtre Pierre
manifeste la même force miraculeuse (Actes 5:15). Si Dieu glorifie
de cette façon ceux qui ont trouvé grâce auprès
de Lui, pouvons-nous douter que notre culte et notre vénération
des temples corporels du Dieu Vivant est une coutume réellement
agréable à Dieu, établie par Dieu Lui-même
dans Sa miséricorde pour nous, pécheurs ?
L'incorruptibilité des saintes reliques. Pour terminer, analysons la façon dont l’Eglise comprend
l'incorruptibilité des saintes reliques.
Dieu Lui-même, dans la création de l'homme, a donné
un fondement au culte des saintes reliques. Dieu a lié les deux
principes dans l'homme, le spirituel et le corporel, et demande la participation
mutuelle de ces deux éléments dans le combat pour le Royaume
céleste.
La chute dans le péché a perverti le plan divin
du service de Dieu par l'homme. L'homme s'est éloigné
de Dieu par chacun de ces deux principes et a commencé à
servir ses propres envies pécheresses et corrompues. L'homme
avait besoin de la correction divine du Sauveur et il ne connaissait
pas encore la vénération des reliques puisque toute l'humanité
attendait la Rédemption.
Notre Sauveur a élevé le corps humain à une
hauteur sans précédent par Son incarnation divine, Sa
mort corporelle, Son ascension au ciel où Il demeure corporellement
jusqu'aujourd'hui.
Par Sa glorification du corps humain, Jésus Christ confirme
la vénération des reliques. Le corps possède le
gage de la vie éternelle, quand il ressucitera dans son nouvel
aspect transfiguré à la Seconde Venue de Jésus
Christ.
Un saint atteint le but de la vie chrétienne dans son âme
et dans son corps. Dieu glorifie l'âme du saint au ciel et glorifie
souvent le corps saint sur terre par l'accomplissement de miracles.
La vénération, la glorification des saintes reliques
constitue un acte agréable à Dieu à en juger par
les grandes vertus bienfaisantes données par Dieu aux saintes
reliques. Elle a reçu une confirmation lors du Septième
Concile œcuménique.
La question de l'incorruptibilité des saintes reliques
nous tient d'autant plus à cœur que le Seigneur, manifestant
aux pécheurs que nous sommes son immense miséricorde divine,
glorifie aujourd'hui le corps incorrompu d'un grand saint qui a trouvé
grâce devant Lui, Monseigneur Jean d'éternelle mémoire.
Pour beaucoup d'entre nous, ce sera la première fois que nous
nous inclinerons devant le corps totalement incorrompu d'un saint. Beaucoup
se souviennent des funérailles de Monseigneur, quand ils sentaient
la chaleur surnaturelle et la souplesse de son saint corps durant l'office
funèbre.
L'Eglise enseigne que l'homme meurt à cause du péché.
Le retour à la matière dont a été formé
le corps, c'est la condition nécessaire à l'homme pécheur
pour que son corps puisse ressusciter dans son aspect nouveau, transfiguré.
C'est seulement le corps de notre Sauveur, grâce à Son
absence de péchés, qui échappe à la
corruption, comme le chantent et nous l'enseignent les offices divins
de l'Eglise. Le Métropolite Séraphim (Tchitchagoff) explique
très bien cet enseignement de la Sainte Eglise : « Si les
os restent intacts dans l’aspect qu'ils ont chez les saints, c'est
un miracle exceptionel. Si, outre les os, la majeure partie du corps
subsiste incorrompue, et de plus se dessèche sans que les articulations
et les ligaments se désagrègent, c'est un miracle encore
plus confondant pour les yeux et pour l'esprit humain. Mais si en terre
un corps reste totalement incorrompu et qu'aucune de ses parties ne
tombe en poussière, cela ne peut pas ne pas être reconnu
comme un miracle divin.» (6)
“La Nouvelle Table de la Loi” (7) explique
que l'incorruption d'un corps est donnée par Dieu aux justes.
Alors les reliques resplendissent de beauté et répandent
un parfum. A cela on peut ajouter la profusion des miracles provenant
des reliques. Cet ouvrage prévient que l'incorruption peut également
provenir du courroux divin : alors les restes sont gonflés, d'une
teinte noire insolite, présentent un aspect hideux et après
la prière d'absolution, ils se décomposent d'une manière
visible. Une troisième cause d'incor-ruption peut être
fortuite : la momification ou les conditions climatiques.
Enfin, il est important de remarquer que la conscience ecclésiale
attribue à la moindre parcelle de reliques la gloire entière
du saint. En priant devant une parcelle de relique, le croyant voit
devant lui le saint tout entier et participe à la pleine gloire
et à la grâce du Saint Esprit données au saint.
Je voudrais souligner à quel point la préparation
de cet exposé m'a procuré un réel réconfort
spirituel, ce pour quoi je rends grâce au Seigneur Dieu. Je remercie
également notre Vladyka, qui ma confié ce travail (9).
Archiprêtre Serge Kotar.
N° 7 (534) Juillet 1994, p. 5-9
Traduit du russe par m. M. de Castelbajac.
Notes:
1) La 1ère partie
de cet exposé a été publiée dans La Voie Orthodoxe
N°10
2) Actes du VIIème Concile ( Nicée II), 7ème canon.
3) L'antiminsion, un rectangle de tissu de soie où est représenté
l'ensevelisement de notre Seigneur Jésus Christ et dans lequel
sont cousues ces parcelles de saintes reliques, est toujours donné
et signé par l'Evêque. Placé au centre sur l'autel,
il est déplié durant les ecténies qui précèdent
la Grande Entrée et c'est sur lui que s'effectue la consécration
des Saints Dons. Si la sainte Liturgie eucharistique se déroule
ailleurs que dans une église, elle doit en tout cas nécessairement
être célébrée avec un antiminsion.
4) Bienheureux Augustin, De la Cité de Dieu , livre 22, chapitre
9.
5) St Jean Damascène, Exposition exacte de la Foi Orthodoxe.
6) Sur les Saintes Reliques, mitr.Seraphim (Tchitchagov) GRAD KITEGE N°4
(9), 1992
7) La Nouvelle Table de la Loi constitue un commentaire des
règles et des pratiques de l'Eglise Russe Orthodoxe.
9) Cet exposé a été composé avec la
bénédiction de Son Eminence Antony, Archevêque d'Amérique
Occidentale et de San Franscisco et lu à l'Assemblée Pastorale
du diocèse d'Amérique Occidentale, qui s'est tenue dans
l'Eglise de Tous les Saints qui ont illuminé la Terre Russe, à
Burlingame le 30 novenbre 1993.