EXPLICATION DU SAINT EVANGILE
SELON SAINT MATTHIEU
PAR LE BIENHEUREUX THÉOPHYLACTE

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Péricope 10 / chapitre 5 , versets 17-26
Suite du Sermon sur la montagne.

 

17- Ne pensez pas qui je suis venu abolir la loi ou les prophètes; je ne suis pas venu abolir mais accomplir.
 [Le Christ] était sur le point d'introduire des lois nouvelles, cependant Il ne voulait pas laisser penser qu'Il s'opposait à Dieu. C'est pourquoi Il dit, prévenant le soupçon que beaucoup devaient avoir : « Je ne suis pas venu abolir la loi, mais plutôt l'accomplir ». Comment l'a-t-Il accomplie ? Tout d'abord Il a fait tout ce que les prophètes avaient annoncé à Son sujet; voilà pourquoi l'Evangéliste dit souvent : « Afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par le prophète ». Il a accompli aussi tous les commandements de la loi :     « Car Il n'a pas commis de péché, et il ne s'est pas trouvé de tromperie dans Sa bouche » (1). Et Il a accompli et complété la loi d'une autre façon encore : tout ce dont la loi avait esquissé le contour, le Christ a achevé de le peindre. La loi disait : “Ne tue pas”; mais le Christ a dit : « Et ne te mets pas en colère sans raison». De même le peintre ne détruit pas l'esquisse, mais la complète plutôt.

18 -  Car en vérité, je vous le dis.
 “En vérité” est une assurance et signifie : « Oui, vraiment, je vous le dis ».

Avant que ne passent le ciel et la terre, pas un iota, pas un trait ne passeront en aucune façon de la loi, que tout ne soit accompli.
 Il indique ici que le monde passe et subit un changement de forme. Il dit donc que, tant que l'univers subsiste, la plus petite lettre de la loi ne passera pas. Certains disent que le “iota” (i.e la lettre grecque i) et le "trait" (i.e l'accent) signifient les dix commandements de la loi (2); d'autres disent qu'ils figurent la Croix, car le iota est la branche verticale de la Croix et l'accent sa branche transversale. Le Christ dit donc que tout ce qui été dit au sujet de la Croix sera accompli.

19 - Quiconque enfreindra l'un de ces moindres commandements, et enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le moindre dans le royaume des cieux.
 Les “moindres commandements” sont ceux qu'Il est Lui-même sur le point de donner, et non ceux de la loi de Moïse. Il les appelle “moindres” par humilité, pour t'apprendre, ô Lecteur, à avoir de toi-même une opinion modérée lorsque tu dispenses tes enseignements. Celui qui “sera appelé le moindre dans le royaume des cieux” signifie celui qui sera le dernier à la résurrection et sera jeté dans la géhenne. Car un tel homme n'entrera pas dans le royaume des cieux, loin s'en faut ! Par “royaume” entendez la résurrection.

Mais quiconque les pratiquera et les enseignera, sera appelé grand dans le royaume des cieux.
 Tout d'abord le Christ dit “tout homme qui pratiquera” et ensuite “et enseignera”; car comment puis-je guider un autre le long d'un chemin que je n'ai pas moi-même pratiqué ?
 De même si je pratique les commandements mais ne les enseigne pas, ma récompense n'est pas aussi grande. Cela peut même valoir condamnation, si je n'enseigne pas par malveillance ou paresse.

20 - Car je vous le dis, à moins que votre justice ne surpasse la justice des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez certainement pas dans le royaume des cieux.
 “La justice” signifie toutes les vertus, comme dans “Job était un homme juste, saint et sans reproche” (3). Tremble donc, ô homme, quand tu auras compris combien nous est demandé. Ensuite Il nous enseigne comment surpasser la justice des Scribes et des Pharisiens, et Il énumère les vertus.

21 - Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens “Tu ne tueras point”; et quiconque tuera sera passible de jugement.
 Le Christ ne mentionne pas par qui cela a été dit. Car s'Il avait dit: « Mon Père a dit aux anciens, mais Moi je vous dis », il eût semblé qu'Il donnait des lois en opposition au Père. De même s'Il avait dit : « J'ai dit aux anciens », c'eût été difficile à accepter. Il parle donc de manière indéfinie “Il a été dit aux anciens“ (4). Il montre que la loi est devenue obsolète en disant : “Il a été dit aux anciens”. C'est pourquoi, puisque la loi est devenue ancienne, obsolète, et presque périmée, il est nécessaire de l'abandonner et de se précipiter vers les nouveaux commandements.

22 - Mais Moi je vous dis, que quiconque est en colère contre son frère sans une bonne raison sera passible de jugement.
 Les prophètes, sur le point de prophétiser, disaient : “Ainsi dit le Seigneur”, mais le Christ dit : « Je dis », montrant l'autorité de Sa divinité. Car les prophètes étaient des serviteurs, mais Lui est le Fils et possède de tout ce qu'a le Père. Celui qui “est en colère contre son frère sans un bonne raison” est condamné, mais si quelqu'un se met en colère pour une bonne raison, que ce soit par manière de correction ou par zèle spirituel, il n'est pas condamné. Car même Paul a adressé des paroles de colère à Elymas le Magicien et au grand prêtre, non “sans une bonne raison” mais par zèle (5). Mais quand nous nous mettons en colère pour de l'argent ou des opinions, alors c'est “sans une bonne raison”.

Et quiconque dira à son frère “Raca” sera passible du conseil.
 “Le conseil” signifie le tribunal des Hébreux, “Raca” signifie quelque chose comme “Eh toi !” comme lorsque nous disons à quelqu'un que nous méprisons : « Eh toi, sors d'ici ! » Le Seigneur nous exhorte en ces matières parce qu'Il désire nous enseigner à être stricts même dans les petites choses, et à nous respecter les une les autres. Certains disent que “Raca” est le mot syriaque pour “ignoble” ou “rebut”. Donc tout homme qui traite son frère d'“ignoble” en répondra devant le conseil des apôtres quand ils siègeront pour juger les douze tribus.

Mais quiconque dira “fou” sera passible de la géhenne de feu.
 Beaucoup disent et pensent que c'est un jugement trop cruel et trop sévère. Mais ce n'est pas le cas. En effet celui qui dénie l'existence des facultés de raison et de pensée chez son frère, ces caractéristiques par lesquelles nous différons des bêtes, un tel homme ne mérite-t-il pas la géhenne ? Car celui qui injurie et insulte, détruit l'amour, et quand l'amour est détruit, toutes les vertus disparaissent avec lui, alors qu'à l'inverse quand l'amour est présent il unit en lui toutes les vertus. Donc celui qui lance des insultes détruit toutes les vertus en mettant l'amour en pièces, et mérite à bon droit le feu de l'enfer.

23-24 - Si donc tu apportes ton offrande à l'autel, et là te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse-là ton offrande devant l'autel, va d'abord te réconcilier avec ton frère et viens ensuite présenter ton offrande.
 Le Seigneur ne s'occupe pas de l'honneur qui Lui est dû uniquement afin que nous puissions nous aimer les uns les autres. Il a dit : « Si ton frère a quelque chose contre toi » et n'a rien ajouté. Que ce soit a tort ou à raison que ton frère ait quelque chose contre toi, réconcilie-toi. Et Jésus n'a pas dit : « Si tu as quelque chose contre lui » mais « S'il a quelque chose contre toi », hâte-toi de t'en faire un ami. Il t'ordonne de laisser ton offrande afin que vous soyez obligés de vous réconciler. Car quand tu as l'intention de faire un don, tu dois d'abord être réconcilié. En même temps le Seigneur montre que l'amour est le véritable sacrifice.

25-26 - Accorde-toi vite avec ton adversaire, tandis que tu es en chemin avec lui, de peur que ton adversaire ne te livre au juge, que le juge ne te livre au garde et que tu ne sois jeté en prison. En vérité je te le dis, tu ne sortiras pas de là, que tu n'aies payé jusqu'au dernier quart d'as.
Certains pensent que “l'adversaire” signifie le démon, et que le “chemin” désigne notre vie. Le Seigneur nous exhorte donc ainsi : pendant que tu es encore en vie, rends au démon ce qui lui appartient et sois quitte avec lui, afin que plus tard il ne puisse t'accuser de quelque péché, comme si tu avais quelque chose lui appartenant. Alors en effet tu seras livré au châtiment afin de rendre compte même des plus petites transgressions. Car un quart d'as vaut deux leptes (6).  Toi, ô lecteur, comprends que ce passage se rapporte aussi aux adversaires humains, et que le Seigneur nous exhorte à ne pas nous empêtrer dans les procès, de peur d'être empêchés de faire les œuvres de Dieu. Même si l'on t'a fait du tort, dit-Il, ne va pas au tribunal, mais règle la dispute quand tu es encore en chemin, de peur de subir un plus grand tort en raison du pouvoir de ton adversaire.

(A SUIVRE)
 

traduction de S. M. Kirillova.


 

 

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