Ordre et explication de la Divine Liturgie.

1ère partie : La Proscomédie

La notion de Liturgie et son origine
 A la Liturgie convient la première place parmi les offices de l'église. Pendant la Liturgie est accompli le plus sacré des mystères, celui de la Communion établie par notre Seigneur Jésus Christ le jeudi soir, la veille des souffrances de la croix. Ayant lavé les pieds de Ses disciples pour leur donner un exemple d'humilité, le Seigneur prit du pain, le bénit, et le rompit et le donna aux disciples en disant : «Prenez, mangez, ceci est Mon Corps ». En suite Il prit une coupe de vin et ayant loué Dieu, la donna aux disciples, en disant : « Buvez-en tous; ceci est Mon Sang, le Sang de la Nouvelle Alliance, qui est répandu pour vous et un grand nombre, en remission des péchés » (Mat. 26 : 26-28). Ayant communié les disciples, le Seigneur leur donna le comman-dement de toujours accomplir ce Sacrement : « Faites ceci en mémoire de Moi » (Luc. 22 : 19 ; I Cor. 11 : 24).
Les Apôtres accomplirent réellement la Sainte Communion selon l'ordre et l'exemple de Jésus Christ et ordonnèrent d'accomplir le Mystère de la sainte Communion dans toute communauté nouvellement créée. Dans les premiers temps, le mode et l'ordre de la Liturgie se transmettaient oralement, par la suite commencèrent à paraître des exposés écrits de la Liturgie. Peu à peu la Liturgie commença à s'enrichir de prières, de chants et d'actes ecclésiaux nouveaux.
La Liturgie a été accomplie et sera toujours accomplie jusqu'à la fin des temps dans l'Eglise du Christ, car à travers la Sainte Communion nous entrons en union avec Jésus Christ et nous nous lavons de nos péchés. Le mot même de Communion (en grec koinonia) c'est-à-dire relation et participation signifie que, grâce à ce Mystère, nous nous mettons en relation premièrement avec Jésus Christ, et deuxièmement les uns avec les autres.
De cette première relation Jésus Christ parle par ces mots : « Celui qui  mange  Ma Chair et boit  Mon Sang demeure en Moi, et Moi en lui. » (Jean 6 : 56); de la deuxième, les paroles de l'Apôtre Paul : « Puisqu'il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps; car nous participons tous à un même pain » (I Cor. 10: 16,17).
L'appellation et le contenu général de la Liturgie.
La Liturgie porte diverses appellations. La première appellation “Liturgie”, en grec, signifie “office commun” et indique que le Mystère de la Sainte Communion est une offrance propice à Dieu pour les péchés de toute la communauté des fidèles, pour les péchés de tous, les vivants et les morts.
Comme le Mystère de la Sainte Communion est également une action de grâce, une offrande de louange à Dieu - et le mot remercier en grec est eucaristein = eucharistin - la Liturgie s'appelle aussi Eucharistie.
Chez les Russes on appelle aussi la Liturgie “obiednia” du fait qu'elle est accomplie au moment du déjeûner et surtout du fait que le Corps et le Sang du Christ, offerts dans le Mystère de la Communion, s'appellent la Table et la Cêne du Seigneur (I Cor. 10 : 21; 11 : 20). Au temps des Apôtres, la Liturgie s'appelait aussi “fraction du pain” (Actes 2 : 46) et “la Pâque” (I Cor. 5 : 7- 8). Durant la Liturgie sont rappelés aux fidèles la vie et les enseignements de Jésus Christ, depuis Sa Nativité jusqu'à Son Ascension au ciel, et les grâces salutaires apportées sur terre par Lui.
Les différentes parties de la Liturgie.
L'ordre de la Liturgie est le suivant : d'abord sont préparées les espèces pour le Mystère, ensuite les fidèles se préparent au Mystère et enfin le Mystère lui-même  est accompli et les fidèles communient. La partie de la Liturgie pendant laquelle sont préparées les espèces pour la Communion s'appelle la“Proskomédie”, la deuxième partie pendant laquelle les fidèles se préparent au Mystère s'appelle la “Liturgie des catéchumènes” et la troisième partie, la “Liturgie des fidèles”.
La proscomédie, ou “offrande”.
La première partie de la Liturgie pendant laquelle sont préparées les espèces pour le Mystère s'appelle “offrande” parce qu'à ce moment-là les chrétiens des premiers temps amenaient du pain et du vin pour l'Eucharistie et c'est pourquoi le pain même est appelé “prosphore” c'est-à-dire “offrande”.
 Les espèces pour le Mystère de la Communion sont le pain et le vin. Le pain doit être au levain, du pur froment. Le pain doit être au levain et non pas azyme parce que le Seigneur Jésus Christ Lui-même - le Pain de Vie qui S'est levé du Tombeau - prit du pain au froment pour accomplir ce Mystère. Le pain au froment est pris également suivant l'exemple de Jésus Christ et aussi parce que le Christ se comparait au grain de blé (Jean 12 : 24).
 Par l'aspect extérieur, le pain (prosphore) consiste en deux parties unies l'une à l'autre, ce qui désigne les deux natures de Jésus Christ, divine et humaine, et il porte le signe de la croix, pour signifier que ce pain est désigné à l'usage saint avec l'inscription sur les côtés de la croix : Jésus Christ Victoire (ΙΣ ΧΣ ΝΙ ΚΑ)  
Le vin doit fait à partir du raisin et rouge parce que Jésus Christ Lui-même utilisa du vin de raisin pour la Sainte Cêne. A la Prosco-médie, à la commémoration des souffrances du Sauveur, le vin est mélangé avec de l'eau, rappelant que pendant les souffrances du Sauveur, du sang et de l'eau coula de Son côté transpercé. Cinq pains ou prosphores sont utilisés pour la Proscomédie, mais pour la Communion à proprement parler, un seul pain est utilisé (l'Agneau); comme dit l'Apôtre : « Puisqu'il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps; car nous participons tous à un même pain » (I Cor. 10 : 17).
Un aperçu général de la Proscomédie.
Après avoir revêtu tous les vêtements sacerdotaux, le prêtre s'approche de la table de la prothèse... Ayant fait trois métanies devant la prothèse pendant une prière pour la purification des péchés, le prêtre prend la première prosphore et avec la lance, trace trois fois le signe de la croix sur la prosphore en disant : « En mémoire de notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus Christ » . Cela signifie que nous commençons à accomplir la Liturgie suivant le commandement de Jésus Christ et en mémoire de Lui.
Ensuite, prononçant les paroles prophétiques du Prophète Isaïe :  « Comme une brebis, Il fut mené à l'immolation/ Et comme un agneau sans tache,  muet devant le tondeur,  Il n'ouvrit pas la bouche /  Par un jugement inique Il a été enlevé / Qui songe à défendre Sa cause ? » le prêtre incise avec la lance sur les quatre côtés le centre de la prosphore. Ainsi se détache la partie cubique de la prosphore que l'on appelle l'Agneau. Une fois l'Agneau retiré de la prosphore, le prêtre prononçant les paroles : « Comme est retranchée de la terre Sa vie  » le met sur la patène (le diskos) ; en prononçant les paroles : « Est immolé l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde pour sa vie et son salut . » il entaille en forme de croix le côté opposé au sceau et le perfore avec la lance, en prononçant ces paroles : « un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l'eau » (Jean 19 : 34). En conformité avec ces paroles, du vin mélangé avec de l'eau est versé dans le calice. Ayant accompli la préparation du saint Agneau, le prêtre extrait des parcelles des autres prosphores.
De la deuxième prosphore est retirée une parcelle en l'honneur et la mémoire de notre Souveraine toute bénie la Mère de Dieu et Toute-Vierge Marie, qui est placée au côté droit du saint Agneau.
De la troisième prosphore sont prises neuf parcelles en l'honneur des neuf ordres des Saints de Dieu qui sont mises au côté gauche du saint Agneau, par rangées de trois parcelles.
De la quatrième prosphore se prennent des parcelles pour les vivants : pour le Saint Synode, pour l'Archevêque du diocèse et pour tout l'ordre sacerdotal. Ensuite le prêtre prend des parcelles pour le Souverain et sa Maison. Puis pour le peuple (pour les laïcs), en prononçant : « Souviens-Toi Seigneur ! ». Les parcelles extraites pour les vivants se placent en-dessous du saint Agneau. De la cinquième prosphore sont extraites des parcelles pour les morts qui sont placées en-dessous des parcelles prises pour les vivants.
Ayant retiré les parcelles, le prêtre béni l'encensoir avec l'encens, encense l'étoile et la met au-dessus du saint Pain sur la patène. Puis, ayant encensé le premier voile le prêtre en couvre le saint Pain et la patène. Ayant encensé le deuxième voile, le prêtre en couvre le saint Calice. Enfin, après avoir encensé le grand voile appelé “aër” le prêtre en couvre la patène et le calice ensemble, accom-pagnant chaque recouvrement de la prière correspondante. Ensuite le prêtre encense la sainte Prothèse et lit une prière, dans laquelle il demande au Seigneur d'accepter ces offrandes à “Son autel supracéleste”, de se souvenir de ceux qui les offrent et de ceux pour qui ils sont offerts, et de garder sans condamnation le clergé dans la célébration des Mystères Divins. Pour conclure il y a une courte prière de congé.
La signification symbolique des éléments formant la Proscomédie.
Dans l'accomplissement de la Proscomédie les instruments sacrés et ses parties intégrantes ont les significations symboliques sui-vantes. La prosphore symbolise la Très Sainte Vierge Marie. Le fait de placer la prosphore à un endroit précis, avant même son transfert sur la table de la prothèse, symbolise l'entrée et le séjour de la Mère de Dieu au Temple. Le transfert de la prosphore sur la table de la prothèse symbolise le voyage de la Sainte Vierge et de Joseph à Bethléem. Le prélèvement du Saint Agneau hors de la prosphore symbolise la nativité de Jésus Christ issu de la Sainte Vierge Marie.
A ce moment, la table de prothèse symbolise la grotte où le Christ est né, et la patène, la mangeoire où Il a été mis. Les voiles symbolisent les langes qui entouraient Jésus Christ (Luc 2 : 7). L'étoile, c'est l'étoile apparue aux mages, l'encensoir et l'encens symbolisent les présents offerts au Christ par les mages.
Mais dans la mesure où le Christ est né pour souffrir pour les péchés du monde, où Ses souffrances étaient déjà prédécidées par Dieu le Père depuis l'éternité et où, par conséquent, à l'instant de l'incarnation, de la nativité du Christ se préparait déjà pour Lui la Croix, la Sainte Eglise unit à la commémoration de la naissance du Sauveur la mémoire de Ses souffrances, de Sa mort et de Son ensevelissement. C'est pourquoi, s'il commémore la naissance du Sauveur issu de la Vierge en enlevant l'Agneau de la prosphore, le prêtre transperce ensuite l'Agneau avec la lance, tout en lisant les paroles d'Isaïe qui annoncent prophétiquement les souffrances du Sauveur (“comme un agneau” etc…). Dans le prolongement d'une telle commémoration, la table de la prothèse symbolisera le Golgotha, la patène le tombeau, et les voiles, les linges funèbres de Jésus Christ. Le pain pour la proscomédie doit être au levain, comme en quelque sorte “animé par le levain”, “véritablement complet”. Le rassemblement de toutes les parcelles autour du saint Agneau sur la patène symbolise toute l'Eglise de Dieu, avec à sa tête le Seigneur Jésus Christ et l'encensement indique l'ombre de l'Esprit Saint dont la grâce se répand dans le Mystère de la Communion.

( A SUIVRE )
Prêtre N. R. Antonoff

Le Temple divin et les offices de l'Eglise, pp.90-95, Храмъ Божій и Церковныя службы, Saint-Petersbourg, 1912, 2ème éd., Monastère de la Sainte Trinité, Jordanville, 1983

Traduit du russe par M. de Castelbajac

 

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