En quoi réside la force de l'âme du très Vénérable Métropolite Antoine (Khrapovitskii)

Allocution de saint Jean le Thaumaturge,

Archevêque de Changhaï et de San Francisco.

 

“Il était bien instruit par la grâce de l'Esprit qu'un représentant de l'Eglise doit se préoccuper non seulement de l'Eglise qui lui est confiée par l'Esprit, mais de toute l'Eglise Universelle; il l'a appris dans les saintes prières. Si tu dois - dit saint Eustache - faire des prières pour l'Eglise Universelle d'une extrémité à l'autre du monde, aussi dois-tu d'autant plus faire preuve de sollicitude envers elle toute entière, et te préoccuper autant de toutes les églises et prendre soin de tous”.
Ces paroles de louanges de saint Jean Chrysostome à l'intention de saint Eustathe d'Antioche, sont pleinement applicables au très bienheureux Antoine Métropolite de Kiev. Il était véritablement un luminaire universel ayant approfondi toutes les questions de la vie de l'Eglise dans tout l'univers, prenant sur lui toutes ses maladies et ayant pratiquement porté tout leur poids sur ses épaules.
Encore jeune Evêque d'Oufa, son âme souffrait des différents qui existaient dans le Proche Orient et avait proposé au Patriarche Joachim des moyens pour les supprimer.
Peu de temps après, il dirigea son action sur la Russie du Sud Ouest, l'étendit au-delà des limites de son Evêché de Volhynie et favorisa par tous les moyens le rétablissement de l'Orthodoxie en Galicie et dans la Russie des Carpates.
Il était en même temps préoccupé par la question de mettre fin au raskol (schisme), et se mit en rapport pour cela avec l'Archevêque des vieux croyants et mena en parallèle une correspondance avec les représentants de la foi anglicane pour découvrir les possibilités de leur rattachement à l'Orthodoxie.
Le regard de l'intelligence du Hiérarque embrassait toutes les facettes de la vie de l'église et pas seulement intellectuellement mais c'est avec tout son être qu'il s'en approchait.
Croyant foncièrement à la victoire finale de la Vérité, il souffrait en même temps profondément de toutes les infortunes de l'Eglise.
Sa personne n'existait pas en dehors de l'Eglise et reflétait en quelque sorte en elle-même l'Eglise.
Chaque orthodoxe lui était proche quelle que soit sa nationalité et quelle que soit sa provenance. Pour chacun de ceux qui avaient besoin de lui, il se montrait un bon père et un sage instructeur. Avec chacun de ceux qui venaient le voir pour un conseil spirituel, il se comportait comme avec quelqu’un de proche spirituellement, la parenté physique ayant cessé pour lui d'exister dès qu'il entra en monachisme. Il se devait d'aider comme un proche quiconque s'adressait à lui pour un soutien et une aide, donnant fréquemment la dernière chose en sa possession, supportant souvent lui-même les privations.
Un tel comportement envers les gens n'était pas chez lui une affectation ou une contrainte. Il provenait des tréfonds de son être et avait ses racines dans une foi profonde et un dévouement à Dieu. Aimant le Christ dès son jeune âge, et ayant désiré Le suivre dès ses années d'enfance, il avait fait des progrès spirituels en grandissant, et avait atteint dès son adolescence une grande acuité spirituelle.
Possédant une vaste intelligence, très doué de nature, après avoir reçu une admirable instruction séculaire, il a étudié avec un tel zèle les sciences théologiques qu'il s'est pour ainsi dire entièrement imprégné de théologie, et alliant en outre cela à une vie d’une morale irréprochable, il est devenu lui-même une source de sagesse spirituelle, comme s'il se déversait de lui un flot de théologie, abreuvant ses enfants spirituels de la Grâce divine.
Sa manière d'être avec les gens était toujours simple, naturelle, il n'y avait jamais en lui de mièvrerie affectée.
Estimant essentiels pour l'homme son progrès spirituel et le salut de son âme, il s'en inquiétait même lorsque l'on s'adressait à lui pour des problèmes de la vie quotidienne, étudiant toutes les affaires et les actions du point de vue de leur utilité spirituelle et tâchant de faire en sorte que cela ait non seulement une utilité matérielle mais aussi une valeur morale.

C'est pourquoi il semblait souvent même brusque dans son attitude avec les gens et ceux qui le voyaient pour la première fois restaient perplexe devant sa fréquente mais apparente rudesse.
Mais en s'approchant plus près de lui ou plus justement en s'approchant de lui avec son âme, chacun sentait que là se dissimulait l'amour paternel ardent de Monseigneur Antoine pour les gens, cet amour que les parents se doivent parfois de cacher par une apparente sévérité.
Le Métropolite Antoine pouvait agir particulièrement fortement sur l'âme des gens grâce à la pureté de son cœur. L'ayant voué à Dieu dès son jeûne âge, il le garda intact jusqu'à la fin de sa vie et bien que se trouvant encore dans son corps, il était entièrement attaché au monde céleste. Se tournant lui-même de plus en plus vers le monde des cimes, il y attirait chacun de ceux qui étaient en relation avec lui, agissant invisiblement sur eux par la pureté et l'élévation de son esprit.
Se détachant au fur et à mesure de tout ce qui est terrestre, se vouant tout entier à Dieu et demeurant en Dieu (1 Jean 3 : 24), il devint un roc adamantin de la foi et, accueillant dans son cœur plein d’amour tous et chacun, il attirait comme un aimant ceux qui cherchaient le salut, les élévant à la connaissance de la Vérité divine.

 

Changhaï 28 juillet 1941.

Jean, Archevêque de Changhaï.

Jour du décès du très Bienheureux Métropolite Antoine.

; N° 3-4, 1996.

Traduit du russe par C. Savykine.

 

 

 

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