Vie et œuvres des saints Cyrille et Méthode
Saint Dimitri de Rostov (sixième et dernière partie)

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Après la mort de Saint Cyrille les émissaires de Kotsel, le prince de Pannonie, vinrent voir le pape pour lui demander de leur laisser venir le bienheureux Méthode. Le pape répondit : “Je vous l’envoie non seulement à vous mais à tous les peuples slaves comme le précepteur venant de Dieu et de saint Pierre, le premier hiérarque et le gardien des clés du royaume céleste”.
Envoyant saint Méthode aux Slaves, le pape lui remit pour les princes slaves la lettre suivante :
“Adrien, évêque et serviteur de Dieu - à Rostislav Sviatopolk et Kotsel : ‘gloire à Dieu dans les hauteurs et paix sur la terre aux hommes qu’Il abrée’*118. Nous avons appris aves joie que le Seigneur a poussé vos cœurs à Le rechercher et qu’Il vous a montré que ce n’est pas seulement avec la foi mais également par de bonnes œuvres qu’il faut Le servir : ‘la foi sans les œuvres est morte’*119. C’est pourquoi ceux qui pensent qu’ils connaissent Dieu et ne désirent pas accomplir Sa loi, pèchent. Ce n’est pas seulement à ce siège pontifical que vous avez demandé de vous envoyer le bienheureux philosophe Constantin avec son frère ; les saints frères, quand ils surent que votre pays se trouvait sous la jurisdiction du siège apostolique ne firent rien contre le canon mais vinrent à nous et nous apportèrent les reliques de saint Clément. Nous-mêmes, nous réjouissant, nous avons pensé vous envoyer dans vos pays notre fils Méthode, un homme de parfaite intelligence et de foi juste, après l’avoir élevé, lui et ses disciples au rang de prêtre. Il peut vous éduquer comme vous le demandez et traduire les saint livres dans votre langue et célébrer d’après eux le saint office (liturgie), le baptême et tout le canon écclésiastique dont le commencement avec l’aide de Dieu et grâce aux prières de saint Clément fut lancé par le saint philosophe Constantin. De même si quelqu’un d’autre était en état de traduire correctement et selon la juste foi les saints livres dans votre langue, pour que vous puissiez plus commodement connaître les commandements de Dieu, que cette entreprise soit sainte et bénie de Dieu, et par notre Eglise et par toute l’église catholique. Conservez seulement l’usage, lors de la liturgie, de lire d’abord l’Apôtre et l’Evangile en romain puis en langue slave pour que s’accomplisse la parole de l’écriture ‘que tous les peuples glorifient le Seigneur’*120 et encore ‘se mirent à parler en d’autres langues ... la grandeur de Dieu selon que le Saint Esprit leur donnait de s’exprimer’*121. Si certains osent critiquer les précepteurs désignés, détourner la vérité et en faire des fables ou bien vous dévergondant vont blasphémer les livres traduits en votre langue, que ceux-là soient exclus et soient présentés à l’Eglise pour y être jugés : ils ne recevront pas le pardon avant qu’ils ne se corrigent. Car ce sont des loups, et non pas des brebis, et il faut les reconnaître à leurs œuvres et se méfier d’eux. Vous, mes enfants bien-aimés, écoutez l’enseignement de Dieu, et ne repoussez pas les enseignements de l’Eglise, et alors vous serez de véritables adorateurs de Votre Père Céleste avec tous les saints. Amen”.
Kotsel reçut Méthode avec un grand honneur, mais bientôt il le renvoya au pape, lui adjoignant vingt hommes de bon rang, pour demander au pape d’élever saint Méthode au rang d’évêque en Pannonie sur le siège apostolique de saint Andronique, l’un des 70 apôtres*122. Le pape fit ainsi.
Après cela, le vieil ennemi et l’adversaire de la vérité excita le prince morave*123 et les évêques allemands et latins de cette région contre Méthode. Saint Méthode fut appelé devant l’assemblée où il lui fut posée cette question : “Pourquoi enseignes-tu dans notre région ?”
“Si j’avais su, - répondit à cela saint Méthode, que c’est votre région, je ne me serai pas permis d’enseigner ici, mais celle-ci dépend du saint apôtre Pierre. Si par plaisir de dispute et de concussion vous voulez agir contre les lois en nous empêchant de confesser l’enseignement de Dieu, prenez garde de ce que lorsque vous voudrez percer la montagne de fer avec l’os de votre crâne, vous ne vous fracassiez pas la tête”.
“Parlant avec courroux, - répondit les évêques, - tu attires le courroux sur toi”.
“Je n’ai pas honte de dire la vérité devant les rois eux-mêmes, - répondit saint Méthode. Agissez envers moi comme vous l’entendez. Je ne suis pas meilleur que ceux qui à cause de la vérité ont supporté beaucoup de tourments durant cette vie”.
Beaucoup de chose furent dites lors de cette assemblée mais ses adversaires ne purent rien dire de mal contre Méthode. Alors le roi dit avec raillerie : “N’incommodez pas mon Méthode. Il est tout en sueur comme s’il s’était trouvé près d’une fournaise ardente”.
“Oui, Sire, - répondit Méthode, une fois on rencontra le philosophe tout en sueur et on lui demanda : pourquoi es-tu mouillé comme cela ? ‘Je me suis disputé avec un domestique grossier’, - répondit le philosophe.”
Les évêques décidèrent de l’envoyer en Chvabie où il passa deux ans et demi en prison*124.
La nouvelle de l’internement de saint Méthode parvint au pape. Ayant appris cela le pape Jean VIII, le successeur d’Adrien II, envoya une lettre maudissant les évêques allemands et leur interdisant de célébrer la liturgie jusqu’à ce qu’ils aient libéré M éthode. Les évêques libérèrent alors Méthode mais dirent à Kotsel, le prince de Pannonie : “Si tu reprends Méthode chez toi, ne nous compte plus parmi les personnes bienveillantes à ton égard”*125.
Cependant ces évêques eux-mêmes n’évitèrent pas le jugement de Dieu et de l’apôtre Pierre : bientôt quatre d’entre eux moururent.
En Moravie, à cette époque, la discorde naquit entre les Slaves et les prêtres allemands. Les Moraves comprirent que les prêtres allemands qui vivaient chez eux étaient les ennemis des Slaves car ils essayaient de les livrer aux Allemands. Il les chassèrent et ils envoyèrent au pape la supplique suivante ;
“Comme nos ancêtres ont auparavant reçu le baptême de saint Pierre, donne nous également maintenant l’archevêque et le précepteur Méthode”.
Le pape envoya aussitôt saint Méthode en Moravie où le reçurent le prince Sviatopolk, maintenant séparé des Allemands, et les Moraves; on lui confia toutes les églises et tout le clergé de toutes les villes slaves. L’enseignement de Dieu se mit à croître rapidement grâce au fait que saint Méthode et les prêtres célébraient les services et enseignaient le peuple en langue slave. Beaucoup de païens renoncèrent à leurs égarements et crurent au Dieu véritable*126. L’état morave fut à cette époque plus puissant que jamais auparavant dans son histoire*127.
Saint Méthode possédait le don de prophétie. Beaucoup de ses prédictions se réalisèrent : nous en citerons quelques unes.
Un prince païen, vivant sur la Vistule insultait les chrétiens et leur occasionnait des dommages. Saint Méthode envoya lui faire dire : “Il vaut mieux, mon fils, que tu reçoives le baptême suivant ta propre volonté et dans ton pays qu’en terre étrangère et par force quand tu auras été fait prisonnier”. Et cela se réalisa.
Une fois, Sviatopolk guerroya contre les païens et la guerre traîna en longueur. Le jour de fête en mémoire du saint apôtre Pierre approchait et saint Méthode envoya dire à Sviatopolk : « Si tu me promettais d’être près de moi avec ton armée, le jour de la fête de Pierre, j’ai foi en Dieu qui te livrera bientôt les païens ». Et c’est ce qui arriva.
Un homme riche se maria avec sa belle fille. Saint Méthode passa beaucoup de temps à l’enseigner et à lui montrer le droit chemin, mais ne put le persuader de divorcer. Par contre, à cause de leur richesse les autres gens les flattaient. Méthode dit alors à ce riche : “Viendra le temps, où les flatteurs ne seront plus en état de vous apporter une quelconque aide et vous vous rappelerez alors de mes paroles mais il sera trop tard.” Subitement, par une disposition divine, les riches tombèrent malades si gravement qu’ils ne purent trouver un seul endroit de repos pour eux-mêmes. Et ils moururent dans cet état.
Le vieil ennemi et l’envieux du genre humain, envoya de nouveau sur Méthode (comme naguère Daphane et Aviron sur Moïse*128)? des ennemis visibles et invisibles. A cette époque apparurent des hérétiques qui enseignèrent que le Saint Esprit procède également du Fils. Ces hérétiques détournaient du droit chemin ceux qui avaient la juste foi et ils disaient de Saint Méthode qui dénonçait leur enseignement pernicieux : “Le pape nous a donné l’autorité et nous a ordonné de chasser Méthode et son enseignement”.
Le peuple s’apitoya beaucoup à l’idée de perdre un tel berger et précepteur, hormis ceux qui furent poussés par la flatterie comme les feuilles bougent au gré du vent. Les Moraves se réunirent tous et il fut ordonné de lire à tout le peuple l’épître par laquelle, paraît-il, Méthode devait être chassé. Dans cette épître du pape, il était écrit : ‘Notre frère, Méthode, est juste dans sa foi et il accomplit un travail apostolique. Par ordre du siège apostolique lui sont confiés tous les pays slaves; celui qu’il maudira, sera maudit et celui qu’il sanctifiera sera sanctifié. En entendant cela les ennemis de Méthode tout honteux se dispersèrent. Mais la haine des ennemis de Méthode ne s’arrêta pas là.
Voulant ennuyer le Saint, ils firent courir le bruit que l’empereur grec?? était fâché contre lui, et que si Méthode avait été sous sa tutelle, il ne serait pas resté en vie. Dieu qui est Miséricordieux ne voulant pas que par cela son serviteur soit blasphemé, inspira au cœur de l’empereur, car le cœur de l’empereur est toujours dans les mains de Dieu, d’envoyer la lettre suivante à saint Méthode :
“Père bon et intègre, j’ai grande envie de te rencontrer. Fais une bonne action et fais l’effort de venir pour que nous te voyions tant que tu es encore en vie et que nous recevions ta bénédiction”*130. Saint Méthode partit pour Constantinople où il fit reçu par l’empereur et le patriarche avec un grand honneur et une grande joie. L’empereur glorifia son enseignement et retenant chez lui avec leurs livres slaves deux des disciples de saint Méthode, un prêtre et un diacre, il renvoya Méthode lui-même en Moravie avec beaucoup de présents.
Saint Méthode eut à supporter beaucoup de choses désagréables : les brigands dans les déserts, les tempêtes en mer, les tourbillons imprévus sur les rivières, et on peut dire que sur lui les paroles apostoliques furent accomplies : ‘en péril sur les fleuves, en péril de la part des brigands ... en péril sur la mer, en péril parmi les faux frères : j ’ai été dans le travail et dans la peine, exposé à de nombreuses veilles, à la faim et à la soif’. Puis délaissant toutes ses occupations et rejetant toute sa tristesse sur Dieu, saint Méthode se mit avec ses deux prêtres-disciples à traduire les livres qu’il n’avait pas eu le temps de traduire avec son frère le bienheureux Constantin. Avec ses disciples il eut le temps de traduire tout l’Ancien Testament, sauf les livres des Maccabées et il traduisit également le Nomocanon (les règles des Saints Pères) et les livres Patristiques (Patéricon). Saint Méthode commença sa traduction au mois de mars et la finit au mois d’octobre, le 26. Ayant fini sa traduction, saint Méthode rendit de dignes louanges et glorifia Dieu et saint Dimitri de Thessalonique qu’en tant que natif de Thessalonique, il vénérait particulièrement et dont le jour de fête correspondit au jour où il termina son travail.
A cette époque, le roi hongrois, ayant été dans les pays du Danube désira rencontrer saint Méthode. Beaucoup essayèrent de dissuader Méthode de se rendre chez le roi à cause des risques de martirisation mais saint Méthode y alla. Le prince hongrois, comme il convient à un roi, reçut Méthode avec les honneurs; il conversa avec lui et le laissa repartir avec beaucoup de présents. Et se séparatn, le roi dit au saint : “Souviens-toi toujours de moi, vénérable père, dans tes saintes prières”.
Voilà comment saint Méthode prenait soin de son troupeau, recherchant de fervents adeptes du Christ dans tous les pays et clouant la bouche des bavards. De concert avec l’apôtre il pouvait dire : J’ai achevé la course, j’ai gardé la foi. Désormais, la couronne de justice m’est réservée’ .132
Quand pour saint Méthode approcha le temps de goûter au repos après tant de souffrances endurées et de recevoir la récompense pour ses nombreux travaux, on commença à lui demander : “Père vénérable et précepteur, qui de tes disciples désigneras-tu pour être ton successeur ?”
Pendant la semain lumineuse saint Méthode se rendit à l’église mais ne put célébrer à cause de sa faiblesse; il pria seulement pour l’empereur grec, les princes slaves, le clergé et tout le peuple puis il dit : “Veillez sur moi, mes enfants, jusqu’au troisième jour”.
Et effectivement à l’aube du troisième jour saint Méthode s’éteignit dans les bras du prêtre en disant : “Dans tes mains, Seigneur, je remets mon esprit”. C’était le 6 avril de l’an 885.
L’office des morts fut chanté en latin, en grec et en slavon, puis saint Méthode fut déposé dans la cathédrale de Belgrade. Une foule innombrable s’assembla lors de son enterrement. Il y avait là des hommes et des femmes, des grands et des petits, des riches et des pauvres, des hommes libres et des esclaves, des veuves et des orphelins, des pélerins et des autochtones, des malades et des bien portants. Tous accompagnèrent avec beaucoup de pleurs cet excellent précepteur et berger des âmes qui avait été tout à tous.
Toi, ô très sainte et vénérable tête ! ?? chef De là-haut, souviens-toi de nous dans tes prières, nous qui t’appelons, et protège de tous les malheurs tes disciples qui propagent l’enseignement du Christ et qui démasquent les hérésies pour que, accomplissant avec dignité leur ministère dans cette vie, ils puissent se tenir avec toi et ton troupeau à la droite du Christ notre Dieu, ayant reçu de lui la vie éternelle. Car à lui conviennent la gloire et l’honneur dans les siècles. Amen.

Vie des saints de St Dimitri de Rostov
traduction d’Alexandre Boldyreff

 

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